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L’invitation musicale : musicothérapie, aventure et continuité

vaillancourtPhoto : Source Université Concordia

(Par Hella Ahmed) La musique fait partie de nos vies, même le murmure du vent à nos oreilles peut être une musique. La voix d’une personne qu’on aime sonne comme une musique à nos oreilles. On se souvient des berceuses de notre enfance, ces lointains chants qui accompagnent la trame de notre vie et qui se tressent à d’autres mélodies au fur et à mesure que l’on avance et qu’on se transforme.

La musicothérapie établit un pont entre les sciences et les arts. En musicothérapie, la musique est un outil, une invitation, une histoire d’histoires qui se racontent. La musique instaure un espace de création où le thérapeute et son client communiquent de façon singulière.

En novembre 2013, je rencontrais en entrevue, Mme Guylaine Vaillancourt, musicothérapeute, professeure au Département de thérapies par les arts de l’Université Concordia, qui s’est présentée avec de la musique à notre rencontre. Nous avons écouté et discuté, pour évoquer différents thèmes en lien avec la musique et ses bienfaits quand elle se transpose dans un cadre thérapeutique.

Pour madame Vaillancourt, la musique était là au tout début, est venue par la suite la relation d’aide, puis les études, la musicothérapie et l’enseignement. Elle enseigne depuis cinq ans au Département de thérapies par les arts de l’Université Concordia où se donne une formation universitaire de second cycle en musicothérapie. Elle a tout d’abord suivi un baccalauréat en musicothérapie à l’Université du Québec à Montréal (ce programme n’existe plus à l’UQAM, mais il se donne à l’Université Concordia), puis elle a complété une maîtrise à l’Université de New York et finalement un doctorat aux États-Unis également.

Ce qui l’a menée vers la musicothérapie, c’est son amour pour la musique, sa bonne maîtrise de ses instruments de choix, le piano et la flûte, et des expériences de travail dans les milieux hospitaliers qui lui ont fait réaliser que la musique pouvait apaiser les anxieux et soulager ceux qui sont en difficulté ou qui vivent avec de la douleur.

Lors de sa maitrise à New York, elle a travaillé dans un hôpital auprès de personnes atteintes du sida, puis dans une unité de détention avec des personnes atteintes du sida et des personnes ayant des problèmes de santé mentale, ou vivant avec une toxicomanie. Aussi, la tuberculose était revenue dans les années 90, et l’on devait garder les personnes qui en étaient atteintes sous ordre de la cour, on leur offrait de la musicothérapie et madame Vaillancourt exerçait son métier de musicothérapeute auprès de cette clientèle. 

Quels sont les prérequis pour suivre une formation universitaire de second cycle en  musicothérapie au Département de thérapies par les arts de l’Université Concordia?

Il faut détenir un baccalauréat en musique ou l’équivalent et une mineure en psychologie. Des auditions prennent part au processus de sélection et l’on procède à un traitement de dossier pour donner suite à la demande d’admission. Il existe un certificat de deuxième cycle en musicothérapie qui exige douze mois de cours et la pousuite d’un stage de 1000 heures. Il y a également une maîtrise qui se donne à l’université Concordia et qui s’adresse aux musicothérapeutes qui veulent se spécialiser et faire de la recherche.

Nous retrouvons au Département de thérapies par les arts plusieurs sections : art dramatique, art-thérapie, musicothérapie, ainsi que danse et mouvement, un programme qui est en train d’être mis sur pied.

Puisqu’il s’agit de thérapie, y a t-il un nombre considérable de cours essentiellement basés sur la clinique?

Travailler auprès d’une clientèle vulnérable, que ce soit des enfants, des adultes en difficulté ou  des personnes âgées, travailler avec des populations cliniques, cela demande forcément ce genre de connaissances. «Nous travaillons dans le réseau de la santé, nous pouvons autant travailler en santé mentale qu’en soins palliatifs.»

Quand les musicothérapeutes travaillent avec des enfants, que souhaitent-ils leur apporter?

Cela dépend, certains sont tout petits, comme les bébés prématurés, il est question de les sécuriser avec la voix et des berceuses pour diminuer leur niveau de stress, explique-t-elle. Il est possible d’intervenir de différentes façons auprès des enfants atteints d’un cancer : faire de l’improvisation clinique avec différents instruments, composer des chansons, leur faire écouter des chansons familières pour créer un environnement plus normal et contribuer à diminuer le niveau de stress.

Lors de l’improvisation clinique, l’enfant expérimente, il peut utiliser le Xylophone, des percussions ou un bâton rythmique, le thérapeute l’accompagne avec un instrument qu’il maîtrise bien, explique-t-elle. Il accueille les motifs rythmiques de l’enfant et crée une pièce avec lui. Cela permet à l’enfant de s’exprimer autrement qu’avec les mots quand il est petit, qu’il n’a pas encore de facilité à utiliser des mots, ou quand il a besoin de s’exprimer autrement s’il éprouve de la difficulté à exprimer ce qu’il ressent.

«L’enfant explore, il joue, cela lui permet d’être un enfant à travers la musique, en étant accompagné d’un thérapeute. Cela aide à se développer globalement, car donner une liberté d’expression à l’enfant, c’est lui permettre d’être tout simplement un enfant.».

En tant que musicothérapeute, quelle a été votre clientèle principale?

Madame Guylaine Vaillancourt a travaillé principalement avec des adultes, en soins palliatifs, en soins en oncologie, et avec des personnes atteintes du Sida.

«Les interventions sont différentes selon le niveau d’énergie ou de disponibilité physique ou psychologique de la personne, on peut utiliser l’improvisation clinique, mais aussi beaucoup la chanson». Les chansons aident à exprimer beaucoup de choses au travers des paroles et de ce qu’elles représentent pour la personne étant donné les associations qu’elles impliquent pour elle.

On peut communiquer beaucoup de choses aux proches en leur offrant une chanson, le choix de la chanson parle beaucoup de ce que l’on ressent, car elle peut aider à exprimer ce que l’on n’arrive pas à personnellement communiquer en mots. La musique et les paroles, c’est une histoire en soi, une histoire de vie, le récit d’un événement ou la représentation d’une personne en particulier, explique-t-elle

Qu’avez- vous retrouvé de commun comme de singulier durant votre parcours professionnel en tant que musicothérapeute au Québec et aux États-Unis?

«De s’exprimer en commun et de ne pas être une personne malade ou avec un diagnostic, mais une personne qui s’exprime à travers les arts». La voix est l’instrument le plus intime, celui qu’on entend en premier, même quand on est dans le monde utérin. La voix est un instrument qu’on utilise beaucoup en musicothérapie, un instrument qui inspire grandement les gens à répondre, et spécialement les personnes qui ont subi des abus.

Le choix des musiques et chansons est à gérer avec précaution dans un contexte clinique étant donné les associations qu’elles impliquent et les émotions qu’elles suscitent

Des musiques, des chansons, peuvent ramener à des mémoires, des émotions, ramener à des moments ou des événements traumatisants, il faut donc être capable de travailler avec la personne autour de ce que la chanson provoque chez elle et ne pas la laisser seule avec ce qu’elle vit et ressent dans les moments critiques, explique madame Vaillancourt. Le choix des chansons est  important tout particulièrement en soins palliatifs, les paroles prennent tout un autre sens, parce que l’on sait que l’on va mourir, les mots sont pesés, ajoute-t-elle.

Quelle est la situation des musicothérapeutes au Québec actuellement?

La musicothérapie existe depuis trente-cinq ans, il n’y a pas de musicothérapeutes dans toutes les écoles ou écoles spécialisées, souligne-t-elle. Il y a des musicothérapeutes qui travaillent principalement en réadaptation avec des enfants autistes ou déficients intellectuels, ou en réadaptation avec des personnes présentant des problèmes de santé mentale.

Pour les musicothérapeutes qui font de la psychothérapie, il faut demander un permis à l’ordre des psychologues du Québec. Il n’y a pas d’ordre professionnel pour les musicothérapeutes, mais pendant encore un an, il y aura possibilité de recourir à des accréditations pour obtenir un permis sinon il faudra faire partie d’un ordre professionnel, explique madame Vaillancourt. C’est un dossier que les musicothérapeutes suivent conjointement aux art-thérapeutes quant il en est de la reconnaissance de la profession.

«La situation est telle que l’on travaille avec des personnes vulnérables, autant des enfants que des adultes, si un musicien ou un artiste décide de travailler avec eux ou faire des interventions alors qu’il n’a pas les compétences pour, cela peut être dangereux pour les patients, les enfants ou les clients». Il faut avoir la possibilité de reconnaissance, mais il s’agit en même temps de protéger le public et de veiller à ce qu’il soit bien informé au cas où quelqu’un s’approche et offre des services de thérapie par les arts, ajoute-t-elle.

Quand la formation universitaire est complétée et que l’on veut être accrédité par l’association de musicothérapie du Canada, il faut déposer un dossier, répondre à un code de déontologie et faire de la formation continue chaque année pour se mettre à jour dans ses connaissances, cela est comptabilisé. Il est donc nécessaire de suivre chaque année de la formation. «L’association des musicothérapeutes veille à ce que ses membres soient sérieusement outillés pour aider le public.»

Y a-t-il nombreux étudiants, d’ici et d’ailleurs, qui désirent étudier à Concordia au Département de thérapies par les arts?

Le Département de thérapies par les arts reçoit beaucoup de demandes d’admission chaque année. Nombreux étudiants viennent de l’extérieur du Québec, des provinces canadiennes, d’Europe, d’Amérique du sud et d’Asie. C’est le seul Département de thérapie par les arts au Canada qui inclut l’art-thérapie, la musicothérapie et la dramathérapie. Ces programmes ont en commun des cours de counseling, des cours d’éthique en recherche et en clinique, ainsi que des cours en transculturel.

Quelle est la différence entre l’improvisation clinique et l’improvisation musicale en général?

Quand on fait de l’improvisation clinique, c’est qu’un portrait musical de la personne a été fait, soit une évaluation initiale pour connaître sa relation avec la musique, les associations qu’elle fait avec la musique, ses instruments préférés et les chansons importantes dans sa vie. «Nous travaillons avec ce que la personne nous offre.».

En improvisation clinique, les clients y vont de façon spontanée. La différence avec l’improvisation musicale en général, c’est qu’un plan d’intervention a été établi, et qu’il y a un but thérapeutique en toile de fond. «On crée une relation, une conversation, une communication, et on travaille à développer une confiance. Le but est de travailler ensemble.».

Les apprentissages qui se font en musicothérapie au niveau des aptitudes sociales se transposent en dehors de la séance, à l’école, dans la famille. Cette expérimentation de nouveaux rôles, de nouveaux comportements, de nouvelles façons d’interagir et de réagir, donne envie de continuer à s’aventurer. «Les personnes ont une réaction spontanée dont ils sont personnellement témoins lors de la séance et cela leur donne envie d’essayer à l’extérieur.».

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