Santé Mentalité

Créons des liens pour faire du bien. Se réaliser dans l'existence, c'est demeurer et devenir soi

Rivalités maladives et fixations : liens et motivations

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(Par Hella Ahmed) Certaines techniques de manipulation peuvent laisser la victime isolée dans son combat, car l’entourage ne se rend pas compte de ce qui l’affecte si étrangement soit de façon insaisissable, et ne peut ainsi valider ses plaintes.

De plus, si la victime doute que l’on puisse être aussi calculateur dans l’acte de gâcher la vie de quelqu’un, elle pourrait très bien douter de ses propres souffrances et des manigances qu’elle arrive à partiellement identifier chez le manipulateur qui s’est fixé sur elle. Aussi, l’environnement de certains peut être teinté d’une dynamique relationnelle dysfonctionnelle, comme dans un milieu familial ou de travail orchestré depuis assez longtemps par une personnalité dominante qui fait usage régulier de la malice, et cela rend l’identification du problème d’autant plus difficile pour la personne qui ressent l’inconfort.

Quelles sont les motivations derrière les manipulations hostiles dans les situations de rivalité? Pourquoi se fixer sur une personne plutôt qu’une autre? Pourquoi la fixation?

Les liens entre le manipulateur hostile et la victime sont évidemment de différentes natures, mais le but principal de ses actions, guidées en partie par une volonté consciente puisque c’est une histoire qui se passe dans la durée, est celui de l’exploitation de l’autre pour ses propres gains et surtout celui d’asseoir une relation de pouvoir à réaffirmer jour après jour.

La fixation : le pouvoir à trouver, à retrouver ou à sublimer                                        

Ce pouvoir à trouver, à retrouver ou à sublimer à travers des actes de manipulation et parfois même de vengeance dirigés contre un individu hors contexte (par pure projection de ses propres traumatismes complexes), en dit long sur les insécurités personnelles de l’un et les menaces souvent imaginées qu’il prête à sa cible.

Il y a aussi le besoin de consolation et de satisfaction profondément humain qui motive cette fixation, un besoin qui peut prendre de très vilaines formes chez certains manipulateurs. Il y a la quête d’un plaisir immédiat obtenu grâce aux réactions de détresse ou de souffrance de l’Autre, et il y a le plaisir qu’apporte à certains la simple idée de prévisions néfastes pour celui ou celle dont ils se font un grand centre d’intérêt.

Les chemins qui mènent aux gains recherchés par le manipulateur sont multiples. Dans un milieu de travail, où il s’agirait par exemple de créativité et de productivité, on peut identifier une manœuvre de concurrence déloyale, viable en des lieux plutôt malsains, qui tombe dans le côté sombre des relations, celle du vol d’idées. Aussi, dans la même veine, on retrouve l’intention agie de dévaloriser l’un par la valorisation d’un autre plutôt moins compétent, comme si l’on transférait les compétences de l’un à un autre en affirmant tout simplement que les réalisations ou la créativité à l’origine de productions gagnantes viennent du favori.

Dans des situations de groupe, il est tout simplement question à l’occasion de favoritisme assumé, de solidarité entre fères ou sœurs d’intérêts, ou d’un règlement de compte pour affirmation d’un pouvoir de nature primaire, ou même de la démonstration d’une intelligence stratégique au groupe au travers d’actions subtiles dirigées contre la cible bien identifiée de quelques comportements infantiles.

La fixation dans les cas de vol d’identité intenté, et ce au plan psychique et physique, est extrêmement maladive et nullement constructive. Évidemment ce vol n’est pas toujours efficace, car il est possible de déjouer et d’ignorer les manœuvres de la personne qui se fixe.

Il est intéressant de noter que l’individu qui fait fixation manque d’indépendance par rapport à l’objet de sa fixation. Sa logique de comportement peut faire victime après victime, comme elle peut se pointer sur un individu en particulier dans une sorte d’aliénation qui saura calmer ses insécurités par l’acte de tenir en laisse le dominé (ou de se penser ou s’imaginer en train de le faire) de par une manipulation qu’il pense pouvoir parfaire.

Le calculateur ferait ainsi de sa cible préférée la source de ses satisfactions perverses et le carburant de ses thrillers psychologiques. Rabaisser sa cible aux yeux des autres, se penser en train de gagner, la voir et la penser en train de souffrir ou simplement d’être dérangée, sont quelques uns des moyens les plus efficaces pour se sentir soi-même valorisé qu’il connaît.

C’est parfois un lien rassurant, bien qu’étrangement dysfonctionnel et malsain, que le manipulateur qui manque d’indépendance et de confiance en soi construit avec la personne qui fait l’objet de son vampirisme assumé.

La fixation de rivalité (vampirisme) : un problème identitaire ?

Ce manque de confiance en soi chez le manipulateur, qui s’illustre dans son manque d’indépendance par rapport à sa victime puisqu’il ne peut s’en séparer, semble indiquer une identité un peu diffuse. Dans ce contexte, le manipulateur laisse une place aveugle à l’Autre. Il ressent le besoin important de cette relation qu’il est le seul à vouloir et à maintenir, selon ses propres règles, et en partie dans son imaginaire.

Dans certains cas, des délires vont servir à justifier son obsession et ses comportements en lien. Cela s’apparente à un trouble de la pensée que présenterait celle ou celui qui reste convaincu de la nécessité d’intégrer en lui-même les particules identitaires de l’autre pour se sentir complet ou un peu satisfait. Cet autre qu’il arrive tout de même à identifier, selon ses humeurs, comme ayant le droit de demeurer libre et de se sentir singulier. Un droit qu’il désire lui soustraire par violence et pour le plaisir que lui apporte le fait de se sentir dominant.

Il y a aussi parfois chez le manipulateur la recherche d’une jouissance malsaine qui vient de la transgression des limites de l’Autre, comme la recherche du plaisir que lui procure l’hostilité ressentie durant l’acte réfléchi de vampiriser l’autre. 

Le fait de redevenir à l’occasion lucide quant au droit de sa victime d’être libre ajoute de l’excitation à son jeu, car c’est là que le manipulateur pervers reprend encore plus contact avec son désir de pouvoir. La constatation lucide de son dévolu sur la victime lorsque celle-ci montre des réactions de colère, de peur, de détresse, de défense ou de fuite, peut le faire trépider d’un plaisir nouveau.

Il est donc possible d’identifier des traits de personnalité qui donnent idée d’un pattern de comportement chez le calculateur, soit des façons de faire qui ne datent pas d’hier et qui lui apportent des gains qu’il connait bien et qu’il apprécie.

L’invasion psychologique (psychique) et physique 

L’imitation abusive ou intrusive et la technique de l’ombre, utilisées par le prédateur qui fait fixation sur une personne en particulier, indiquent qu’il se croit ou se sent en droit de partiellement posséder l’autre, en retraçant ses idées pour les faire siennes par autosuggestion (en se les appropriant dans le cas de l’exploitant), par suggestion (en convainquant les autres qu’elles viennent de soi), et par provocation (en étant immédiat dans l’action, pour que la cible ressente l’effet calque ou l’écho, et qu’elle en soit grandement irritée ou dérangée).

La cible qui se sent observée avec persistance peut se sentir comme départie d’une partie de sa personne à cause de la transgression parasite de l’individu fixé. Ainsi, quasiment brimée d’une partie de sa liberté d’action, de sa liberté d’agir singulièrement. Celui qui fait du harcèlement névrotique en usant de l’association obligée, une fois que la victime lui a bien signifié son désintérêt quant à une relation quelconque avec lui, se fait mission d’obliger la relation que la victime ne désire pas. Il se sent ainsi en droit de se mêler des affaires de l’Autre, en droit de se mélanger à lui.

Faire le perroquet, soit répéter ce que dit l’autre, est souvent utilisée par les jeunes enfants qui désirent irriter frères et sœurs ou pairs, mais cela reste sans impact, ce sont là des comportements reliés au manque de maturité. Malheureusement, chez l’adolescent et l’adulte conscient, cela pourrait avoir pour but d’irriter l’autre, de le faire sortir de ses gonds, et de lui faire perdre la face devant les autres s’il réagit mal, aussi bien en milieu de travail dans le cas du collègue, que dans le milieu amical ou familial quand le manipulateur se voit en rivalité avec un proche et qu’il travaille à s’approprier son ‘’territoire existentiel’’. 

Cette méthode d’imitation abusive est aussi utilisée par le voleur d’idées qui n’arrive pas à composer ou à trouver des idées autrement qu’en se servant chez le voisin. Une fois démasqué par le créatif désigné sur lequel il a jeté son dévolu, le calculateur qui continue tout de même ce comportement fait la démonstration d’une fixation avec pour but conscient l’exploitation d’une personne. Il y en a qui ne reculent pas devant le moyen du pillage intellectuel.

Plus qu’une invasion psychique, c’est une invasion dans l’espace, une invasion dans l’existence au sens plus large, puisque les traces de la personne en proie à la fixation, se voient ou bien imitées pour irritation, intrusion, ou dévoration, ou bien épiées par association obligée pour aliéner, ou bien effacées ou détruites en partie, car déformées par les effets de l’intrication et des attaques constantes de la perversion dirigée. Une telle pression peut bien susciter un stress trop difficile à gérer et mettre la victime en état de confusion.

Abus et possessivité

Le manipulateur se sent parfois en droit de continuer à posséder l’autre dans les cas d’abus parental par exemple, quand il y a eu violence physique et psychologique durant l’enfance et l’adolescence, ou même à l’âge adulte. Le parent ne s’imagine pas laisser sa victime se soustraire à sa domination parfois devenue simplement psychologique (psychique) ou matérielle. On pourrait même parler d’invasion psychique dont le manipulateur afflige sa victime désignée qui perçoit tout de même, bien que ce soit à des degrés différents, son attitude néfaste. Une attitude de plus bien déguisée quand il en est des situations sociales où le calculateur fait comme si tout se passait de façon correcte et qu’il joue à ignorer les plaintes de la victime si elle s’exprime, jusqu’à même tenter de la faire passer pour délirante ou menteuse devant les autres qui ne peuvent s’imaginer le drame psychologique et existentiel qui se joue.

Encore une fois, les cas d’abus en famille sont un bon exemple de la manipulation hostile qui se fait dans la durée quand le parent ne lâche pas prise, mais les cas d’abus conjugaux sont nombreux à exprimer cette dynamique de domination.

Lorsqu’il y a incongruence au niveau du lien maternel par exemple, l’empathie qui vient avec l’amour bien intentionné et la communication authentique entre la mère et l’enfant n’est pas réalisée, il y a une fissure entre les besoins réels de l’enfant et le souhait de le porter à se réaliser dans l’existence du côté de la mère ambivalente. Malheureusement cette ambiguité peut exister entre parents et enfants mais en fratrie également.

Photo : JF Cherche appartement (1992)

Compétition déloyale et dévoration

La rivalité plutôt dangereuse, compétition déloyale teintée d’une sorte de folie destructrice, peut se manifester dans les relations entre femmes sous différentes formes. Par exemple, quand l’une se fixe sur les attributs physiques et intellectuels de l’autre jusqu’à vouloir devenir  »elle » ou autrement la fragiliser que ce soit dans son imaginaire ou dans le réel par des actions malveillantes dans la vie de tous les jours afin de gagner en importance par rapport à elle.

En milieu de travail, vouloir à tout prix avoir le regard admirateur ou l’approbation de l’homme, pour certaines, peut malheureusement devenir le déclencheur d’une rivalité que l’une ressentirait face à une autre, ou face aux autres, étant donné ses insécurités personnelles ainsi que sa propre attitude et ses attentes vis-à-vis des hommes.

Prenons quelques illustrations hypothétiques de fixations difficiles à vivre pour tous : Marie était tellement obsédée par l’apparence physique et les aptitudes sociales d’une femme qu’elle épiait au travail, qu’elle acheta le même parfum, les mêmes vêtements, et alla même se faire une chirurgie rhinoplastie pour avoir un nez identique à celui de sa belle. Elle changea jusqu’à sa façon de sourire pour lui ressembler, mais elle resta toujours insatisfaite, car même si elle a démonisé une personne en particulier pour identifier un standard de satisfaction personnelle qu’elle s’imaginait pouvoir dépasser en prenant soin d’elle-même, elle garda toujours la conviction que la belle était plus belle, et quand elle perdait la belle de vue, c’était d’autres femmes accomplies qui l’agaçaient par leur simple existence.

Martine ayant toujours eu quelques soucis à faire la différence entre la réalité et ses idées grandioses, se fit une fixation sur une jeune femme dans le quartier, allant jusqu’à se persuader que celle-ci voulait lui voler son mari. Sa conviction était inébranlable, elle fit de sa mission de sauver son couple de cette inconnue sa raison de vivre. Un harcèlement névrotique de sa part s’en est suivi, car pour sauver son mariage, Martine utilisa la technique de l’association obligée et du fantôme, c’est-à-dire qu’elle s’invitait aux activités de sa cible et qu’elle la suivait constamment à proximité, comme dans les films d’horreur. Il faut aussi noter que Martine s’ennuyait affreusement malheureusement, car son mari était souvent absent, et que toute cette mission qui se justifiait à ses yeux par des idées irrationnelles, lui apportait des sensations fortes et le sentiment de vivre dangereusement, mais surtout le plaisir d’être occupée et de faire de l’activité physique.

DEPOT LEGAL – 2013 – SARTEC 29235

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