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L’identité dans la création : soi et l’autre

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(Par Hella Ahmed) La frontière est loin d’être mince entre l’inspiration, l’accomplissement de soi, et l’imitation qui est, nous le savons, aux origines de notre développement en tant que créatures cheminant vers l’individuation ou la formation d’une identité distincte, libre de sa possession de soi et de son vouloir.

Au début de la vie, c’est ainsi, on regarde l’autre pour se repérer, on reçoit et l’on doit intensément conjuguer avec ses émotions, ses intentions. On pousse comme une plante que ce soit dans un désert aride ou près d’une mer calme et nourricière. On ne regarde pas que l’autre, on regarde les objets, ces objets, ses objets aussi. Et on regarde la nature, on apprend à en faire sens avec l’autre, tout seul, avec l’autre, et à nouveau seul.

Les enfants qui manquent de stimulation développent des troubles malheureusement et leurs traumatismes psychologiques et physiques ont un impact sur leur évolution à long terme. Chaque expérience précoce nourricière, ou néfaste dans le cas contraire, compte, et chaque expérience positive à l’enfance, à l’adolescence, comme à l’âge adulte, compte énormément aussi.

Trouver son identité devient une entreprise à gérer pour de nombreuses personnes, au lieu que l’identité se forme et se vive naturellement, sans grands tourments ou crises existentielles particulièrement difficiles.

Des crises identitaires, nous en vivons tous à différents degrés durant les phases importantes de la vie et les passages marquants que ce soit au point de vue culturel, sentimental, professionnel, ou relationnel structurel, soit familial, ou même au sens que l’on retrouve sur le plan du rituel de passage.

L’obstination à tracer des limites et la représentation idéale de soi  

Les limites sont parfois diffuses entre la création, la création de soi, dans le sens de développement et maturation puisque l’on se fait grandir avec nos choix et qu’on choisit de se choisir envers et contre tout, et la consommation vampirique de l’autre au travers de la mythique glorification d’un processus personnel d’individuation, assisté du public. Un processus d’individuation plus ou moins assisté d’un public puisqu’il se fait dans et avec l’interaction aussi, mais globalement de façon plutôt équilibrée quand la trajectoire, pas forcément linéaire, s’est faite sans grand dommage.

Certains vivront péniblement le dédoublement de soi au fil de la quête d’une représentation idéale de soi examinée, romancée, déclarée. Ce  »soi » dont il est discouru en long et en large. Cet idéal, il est à l’image de l’autre, introjection et possession, car la fixation est un peu synonyme d’obsession, pas une obsession, mais des obsessions.

Une représentation idéale de soi, ou cet autre à revêtir comme une ombre perdue ou trop décalée que l’on désire lumineuse au regard de l’autre justement, et ce avec l’accord d’une partie de soi, l’accord d’une personnalité devenue double malgré soi, un soi en dissociation quand frappe la peur de ne pouvoir être dans la douleur de la négation de soi.

Cette dissociation est comme la foudre qui tombe alors que tout autour est en mouvement sauvage et primal. Elle provient des profondeurs et vient faire fissure pour produire du nébuleux. La dissociation ramène au trauma qu’elle conserve et revigore si la création ne transforme pas le souvenir en «objets» et en sons, en ornements des mouvements, en traces vibrantes d’une conversation entre soi et l’invisible, entre soi et soi dans l’invisible.

La dissociation ralentit l’assimilation des traumatismes et la réparation par la transformation de la «matière», si elle ne transforme pas ces choses en bijoux réels ou virtuels, en peintures ou sculptures à admirer, en dialogue, si elle ne donne pas naissance à des champs de créations signifiantes et porteuses de sens.

Une représentation idéale de soi, comme un autre à revêtir, et ce soi reste à court de souffle, dans une course folle avec pour itinéraire de ne surtout pas perdre l’autre de vue, de le suivre pas à pas, à son rythme à lui, jusqu’à tuer son rythme à soi, quel qu’il pourrait être dans une autre histoire, à un autre moment, au gré d’autres obsessions. On veut parfois se trouver à prouver à l’autre qu’on est comme lui et même plus, ou autrement qu’on ne lui ressemble pas, alors qu’on reste fixé, et on lui en veut aussi pour ce à quoi il nous soumet, cette compétition mentale qui s’étale et envahit le tout du dehors et du dedans.

L’obstination de comparaison aux visées souhaitées d’individuation parle bien tout de même d’émancipation et de réalisation de soi, on s’imagine que l’autre est son miroir et on veut à tout prix reprendre possession de soi, mais c’est une émancipation illusoire si elle est faite de petites victoires infantiles et de parasitisme de l’être. Elle entraîne l’appropriation de l’identité de l’autre par l’ombre de soi. C’est une émancipation en jeu de théâtre tragique, mise en scène d’une identité pathologique dans sa propre vie, empêchant de laisser place à une vie authentique et réellement satisfaisante, autant que possible bien entendu.

Le nébuleux : investissement et réappropriation

C’est l’histoire d’une femme qui suivait une autre femme pour tracer les limites entre elle et l’autre, mais qui faisait peur à l’autre pour surpasser sa propre peur de l’abandon. C’est l’histoire d’un homme qui suivait une femme pour lui montrer qu’il était maître de son propre destin et que personne ne pouvait le limiter dans son choix de relation. Il affirmait qu’on ne pouvait l’abandonner, car il exigeait et n’attendait pas.

C’est l’histoire d’un besoin de consolation qu’on s’imagine sans fin, car l’abandon s’est produit et l’abandon a marqué. «Notre besoin de consolation est impossible à rassasier», disait Stig Dagerman.

Le nébuleux est beau à sa façon, et il peut donner naissance à ces objets un peu vivants métaphoriquement, car habités d’une passion, nés de passions. Des objets, qu’on peut donc offrir, s’offrir en se les réappropriant, toucher par dedans, donner, dans le partage. Des objets à simplement observer, et puis des compositions qui nous envahissent au passage, qu’on aime ou qu’on chasse, qu’on désire et qu’on reproduit consciemment, ou comme toujours, un peu ou même beaucoup, inconsciemment.

Le nébuleux, transitionnel, conflictuel, métaphore, exclamation, vertiges, tergiversations, finit en «nébuleux vertigineux», ce champ en mouvement au gré du vent, le souffle de la vie. Ce «nébuleux vertigineux» est émanation de soi et raconte l’individuation, il est le témoin du  »soi » accompli, individu qui chemine sans panique et sans avoir mal jusqu’à se faire mal, et se faire mal en faisant mal à l’autre.

Un être-humain, dans son mental et dans sa mentalité, est structuré, mais cette structure n’est pas celle d’une sculpture qui accueille toutes les projections et qui brise sous la colère d’une génération, elle est souple et malléable, elle est  »infini » qui se définit de façon continue au fur et à mesure de la vie.

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