Architectures copiées et détournement : Exemple n°2 d’une reprise systématique – Par l’auteure et essayiste Hella Ahmed, 16/01/2026 

Analyse factuelle d’une inspiration trop proche

(Par Hella Ahmed) Depuis plus de 4 ans, je constate un pattern récurrent dans plusieurs chroniques publiées par une autre personne : une reprise substantielle de la structure, de l’agencement des idées principales et du flux narratif de mes textes originaux, sans mention ni autorisation. Cela a été observé de façon systématique sur de nombreux exemples.

Je poursuis la série intitulée “Lundi Contrefaçon” pour présenter, de manière transparente et factuelle, des comparaisons côte à côte entre mes textes originaux (avec preuve d’antériorité : dates de publication, archives, etc.), et des textes publiés ultérieurement qui en reprennent de manière notable l’architectonique compositionnelle : formes et contenus.

L’objectif est de contribuer au débat public sur l’originalité littéraire, les frontières entre inspiration et reprise trop proche, et l’importance de reconnaître les sources dans la création. Ces exemples contribuent à alimenter une réflexion collective sur l’importance de citer ses influences et de respecter l’antériorité dans la création littéraire et intellectuelle.

Commençons par cet exemple concret : observations factuelles des similitudes à mettre en évidence.

Il s’agit de mes deux textes originaux – “La quête de l’amour à l’ère du numérique” publié le 21 septembre 2025, et “Dans la danse du désir : la quête de l’amour serein” publié le 1er octobre 2025 – qui ont été repris et reformulés dans le texte publié le 6 octobre 2025.

Au niveau de la structure : les trois textes (les deux miens et la copie) suivent un agencement similaire en 4 mouvements principaux :

1. Énumération d’exemples concrets d’insatisfactions sociétales et existentielles liées à l’amour, aux relations et à l’époque moderne (solitude numérique, pièges du rejet, illusions en ligne).

2. Analyse des facteurs influençant ces situations (influenceurs, coachs, monétisation du désir, dynamiques toxiques comme le narcissisme ou la polarisation).

3. Réflexion introspective sur les aspirations non réalisées, les pertes (imaginaire, amour de soi) et les regrets, avec une critique des illusions et des manipulations.

4. Clôture sur une forme de reconquête personnelle ou collective (amour de soi, détachement, radicalité enracinée menant à un calme intérieur et à une ouverture vers l’horizon).

Relativement aux idées centrales : les thèmes clés (attraction par l’extraordinaire vs réalité insipide, désir d’amour monétisé par des coachs, critique des rôles traditionnels prônés par des psychologues/influenceurs, luttes de pouvoir et hostilité, solitude nourrissante, quête de clarté spirituelle) sont repris et reformulés, avec un déplacement du ton motivant et concret (axé sur les relations amoureuses et l’empowerment personnel) vers une perspective plus abstraite, mélancolique et thérapeutique (axée sur l’époque opaque, l’imaginaire en péril et une radicalité philosophique). Cela permet un détournement de mes idées pour valoriser une pratique privée spécifique (références au “cabinet” et aux “symptômes”), en dévalorisant implicitement les approches plus « directes » et « motivantes », les miennes notamment. 

Quant au flux narratif : on constate que le rythme et la progression argumentative sont calqués, passant d’une critique sociétale concrète à une introspection personnelle, puis à une résolution positive, même si le vocabulaire varie (plus direct et relationnel dans mes textes ; plus poétique et culturel dans la copie, avec des références à Desjardins, Émond, Dorion pour ajouter une couche de “profondeur” apparente).

Comparaison détaillée

Voici une analyse côte à côte, avec extraits sélectionnés pour illustrer les reprises. Je me concentre sur les idées que j’ai soulignées précédemment (attraction par l’extraordinaire vs réalité insipide ; désir d’amour et monétisation ; coachs/psychologues prônant des rôles traditionnels), ainsi que d’autres échos observés, pour démontrer une récupération persistante et tenace de mes concepts.

Idée centrale 1 : Attraction par l’extraordinaire et lutte pour réconcilier la réalité insipide (la pâleur de la réalité) avec un monde vibrant/imaginaire – Reprise et reformulation pour diluer en une critique sociétale.

Mon texte original (“La quête de l’amour à l’ère du numérique”, 21/09/2025 : 

« Nous sommes attirés par l’extraordinaire et luttons souvent pour réconcilier la réalité insipide et limitante dans certains environnements toxiques, avec le monde vibrant que nous voulons rejoindre – un monde prêt pour la grandeur et la plénitude. »

(Note : J’ai apporté une petite modification à cette partie de mon texte, après la publication de la copie par la chroniqueuse, afin de me dissocier de cette personne qui reprend systématiquement et ouvertement mes structures et idées. Au départ, c’était : « Nous sommes attirés par l’extraordinaire et luttons souvent pour réconcilier la pâleur de la réalité avec le monde vibrant que nous imaginons – un monde prêt pour la grandeur.»)

Mon texte original (“Dans la danse du désir”, 01/10/2025 : 

« Dans le paysage de l’amour moderne, les femmes naviguent souvent à travers des pièges de rejet, des dynamiques toxiques et des connexions éphémères, cherchant un chemin vers une intimité privilégiée. Ce voyage révèle les écueils de la poursuite de partenaires insaisissables, les distorsions du narcissisme, les complexités des rencontres numériques et le pouvoir transformateur de l’amour de soi et de la clarté spirituelle, nous guidant vers des relations qui élèvent et épanouissent. »

Le texte publié ultérieurement, le 06/10/2025 :

« L’époque me semble opaque du fait qu’elle ne se révèle bien souvent que sous des discours plaqués, de représentations qui nous apparaissent comme une forme distordue du vrai, une performance qui cherche à produire d’abord son effet, bien plus que de nourrir le sens, l’échange, le réel vivre-ensemble. Comme une perversion du langage, il y a, dans cette époque, « trop d’images » comme l’écrivait Bernard Émond, mais de moins en moins d’imaginaire. L’imaginaire, celui qui ouvre sans cesse vers de nouvelles perspectives, qui ne cherche pas à combler tous les vides, mais bien à créer des surprises, des renversements, de la vie jetée au-devant… »

Observation factuelle : Cette idée est reprise en transposant la “la pâleur de la réalité” (réalité insipide) vers une “époque opaque” distordue par des “images” excessives, et le “monde vibrant” vers un “imaginaire” en péril qui “ouvre vers de nouvelles perspectives”. La reformulation abstractive (avec références culturelles) réduit la dimension concrète de l’amour numérique en une critique sociétale plus large, instrumentalisée pour marketer une pratique se voulant thérapeutique (“dans mon cabinet où des symptômes viennent s’échoir”), en se positionnant comme garante d’un imaginaire authentique face à des illusions superficielles.

Idée centrale 2 : Désir d’amour profond, monétisation du contenu et critique des coachs/influenceurs – Reprise pour vilipender les “trucs” et valoriser une approche de pratique privée plus “sensée”.

Mon texte original (“La quête de l’amour à l’ère du numérique”, 21/09/2025 : 

« Pourquoi désirons-nous l’amour si profondément ? Pourquoi certains semblent-ils indifférents à son absence ? Et pourquoi, parfois, semblons-nous nous en désintéresser ? Pour les créateurs de contenu, la réponse se résume souvent à l’argent. Construire une présence lucrative en ligne est difficile, mais des plateformes comme TikTok montrent que c’est possible de cartonner dans ce domaine. Votre contenu – qu’il soit agréablement inspirant ou qu’il offre des visions brutes et sans filtre – les vues se traduisent en argent. »

Mon texte original (“Dans la danse du désir”, 01/10/2025 : 

« Les rencontres modernes présentent leurs propres défis… La routine de l’« orbiting » est devenue courante avec les réseaux sociaux. Quelqu’un peut montrer de l’intérêt sans véritable attirance, vous utilisant pour se valider ou se flatter… N’investissez donc pas trop d’énergie là-dedans sans intentions claires ou engagement. »

Le texte publié ultérieurement, le 06/10/2025 :

« Dans cette époque opaque, ce son est devenu difficilement perceptible, puisque, dès qu’on l’entend, il arrive souvent qu’on veuille le monétiser, le monter en épingles faites de hashtags, et autres abonnements à des pages de toutes sortes, pour « plus d’astuces ». On peut faire payer l’accès aux marches en forêt, au souffle, au silence, à la beauté, en le détournant ainsi, ce « son de la vie », pour en faire une occasion de nourrir l’industrie du bien-être. »

Observation factuelle : Le désir d’amour monétisé (via contenus en ligne, vues, plateformes) est reformulé en une critique du “son de la vie” détourné par l’“industrie du bien-être” et les “hashtags”. Cela instrumentalise mon idée pour dénigrer certaines approches considérées comme étant superficielles, tout en promouvant une écoute thérapeutique authentique semblable à son approche concurrentielle (“tranquillement, quand on reste suffisamment longtemps ensemble”), réduisant mes conseils concrets en “trucs” afin de se positionner en supériorité.

Idée centrale 3 : Coachs et psychologues prônant des rôles traditionnels, avec listes de critères – Reprise pour critiquer les “outils” et se positionner comme alternative thérapeutique.

Mon texte original (“La quête de l’amour à l’ère du numérique”, 21/09/2025 : 

« Prenez la coach et psychologue qui prône les rôles traditionnels, aidant les hommes à trouver des femmes de « grande valeur » avec une liste de critères et de signaux d’alarme. Elle se présente comme une entremetteuse pour l’élite, prospérant dans un monde où la richesse et la réputation règnent. Mais son approche peut irriter les femmes qui se sentent jugées ou exclues du club des « précieux ». »

Mon texte original (“Dans la danse du désir”, 01/10/2025 : 

« Pas tous les ex sont des narcissiques… Le terme « narcissique » est souvent utilisé de nos jours pour décrire ceux qui traitent mal les autres ou qui perçoivent le monde de manière égoïste. Cependant, les vrais narcissiques toxiques sont des sociopathes qui prennent plaisir à faire du mal… »

Le texte publié ultérieurement, le 06/10/2025 :

« Il arrive tout essoufflé de lui-même, cet imaginaire devenu pensées obsessionnelles sans signifiance, « overthinking » anxieux, compulsion alimentaire et autres comportements agis bien avant que d’être pensés… On me parle alors d’un langage psychopathologique appris par cœur en suivant des coachs de tout acabit, on me raconte ce que ChatGPT pense de soi. On me demande des trucs, des outils, des solutions efficaces, des techniques. »

Observation factuelle : La critique des coachs/psychologues avec “listes de critères” et rôles traditionnels est reprise en vilipendant les “coachs de tout acabit” qui fournissent un “langage psychopathologique appris par cœur” et des “trucs/outils”. Cela rigidifie mon analyse concrète des dynamiques relationnelles (narcissisme, rôles genrés) en une perspective mélancolique sur les “symptômes” traités en cabinet, pour marketer une approche qualifiée comme plus “profonde” (la sienne évidemment), qui écoute le “son de la vie” au-delà des solutions rapides.

Flux narratif et conclusion

Le flux suit une progression calquée : début par des insatisfactions modernes (mouvement 1), analyse des influences toxiques (mouvement 2), introspection sur les pertes (mouvement 3), et résolution vers une reconquête (mouvement 4, e.g., “sauvez-vous d’abord” chez moi vs “radicalité” comme “grand calme” chez elle). 

Ce schéma récurrent de reprise structurelle semble viser à s’approprier les idées centrales de mes textes en les reformulant pour valoriser une approche présentée comme plus approfondie. Il s’agit d’une forme de marketing fondée sur une réutilisation non créditée servant indirectement une stratégie de positionnement concurrentiel en amplifiant une visibilité distincte de la mienne.

Espérons que ce pattern de réécriture par dessus mes textes prenne fin, afin de remettre l’accent sur une écriture plus respectueuse des origines intellectuelles et de favoriser un échange réel sur l’inspiration, la reconnaissance des sources et les frontières entre influence et copie. C’est sain et nécessaire, surtout dans des milieux où l’écriture personnelle et le « branding personnel » se chevauchent autant.

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