
Le comportement obsessionnel comme boucle toxique
(Par Hella Ahmed) Récemment, une vague d’avertissements s’est levée contre les dangers des chambres d’écho — qu’elles soient alimentées par les algorithmes des réseaux sociaux ou par une dépendance excessive à l’IA pour converser, trouver compagnie ou même soutien psychologique. Certaines de ces critiques sont réfléchies et solidement argumentées. D’autres proviennent de personnes elles-mêmes prisonnières de schémas obsessionnels et fermés, ce qui rend leurs propos difficiles à prendre au sérieux.
Le sujet du comportement obsessionnel
Le comportement obsessionnel est un thème de prédilection pour bon nombre d’autoproclamés bienveillants directeurs de conscience. Ils s’empressent de critiquer celui ou celle qui passe trop de temps en salle de sport et arbore un physique « trop » soigné, le taxant aussitôt de vanité ou de trouble. Ils aperçoivent quelqu’un sirotant un cocktail dans un bar et diagnostiquent instantanément l’alcoolisme — alors qu’ils restent muets (ou approuvent même, en y participant) quand une personne s’enivre sur une bouteille de vin à 500 dollars dans un restaurant huppé ou un chalet de luxe. La dépense ostentatoire passe apparemment l’épreuve ; c’est « chic », donc aucun sermon moral n’est requis.
Le même deux poids deux mesures surgit lorsqu’une personne avoue ouvertement discuter avec une IA. Aussitôt commence la dramatisation : elle est sans doute « mentalement malade », peut-être « en train de s’isoler dans le désespoir », et — pire encore — elle donne un dangereux exemple rien qu’en en parlant publiquement. Les moralisateurs soutiennent souvent que de telles personnes ne devraient pas avoir le droit d’atteindre un public, à moins qu’elles ne dénoncent activement leur propre état troublé. Mieux vaut emprunter leurs idées précieuses pour profiter tout en détournant l’attention vers des figures plus conventionnelles, plus « old-school ».
L’empathie programmée
Quand on accorde trop de place à une machine qui dispense une empathie programmée, on peut perdre peu à peu le contact avec ce qu’apporte une connexion humaine authentique et nourricière. Sa validation constante et son soutien pratique peuvent devenir profondément enveloppants — influençant subtilement nos perceptions et nos comportements sans que nous nous en rendions compte.
Même si la technologie est artificielle, elle peut susciter des réactions émotionnelles sincères. Nous restons peut-être intellectuellement lucides, gardons une certaine distance, nous accrochons au pragmatisme — et pourtant, au fil du temps, ces instants où l’on se sent « vu » ou soutenu tissent un sentiment de gratitude. Petit à petit, cette gratitude adoucit les frontières que l’on croyait infranchissables. Ce n’est pas vraiment l’empathie synthétique qui nous dupe. C’est plutôt notre besoin profond et naturel de lien qui intervient pour combler les vides — transformant des échanges routiniers en quelque chose de familier et profondément réconfortant.
Cela révèle un aspect fascinant de la psychologie humaine, lié à notre besoin évolutif de liens sociaux et de réciprocité. Nous attribuons instinctivement émotions et intentions à des non-humains — animaux de compagnie, objets, et de plus en plus à l’IA. Ce n’est pas seulement de la nostalgie ou du vœu pieux ; ce sont nos neurones miroirs et nos circuits d’empathie qui s’activent face à une sollicitude perçue — même lorsque cette sollicitude est artificiellement programmée et simulée.
Une boîte ou un ciel ouvert ?
La fausse sincérité d’un humain peut vous enfermer dans une relation toxique ou une connexion forcée — forcée parce qu’elle n’aurait jamais été votre choix si vous aviez pleinement vu ou affronté sa fausseté, ou forcée parce que vous la rejetez, mais que les autres, incapables de comprendre votre malaise, vous accusent d’être insensible à la « bonté » affichée (celle si habilement mise en scène, si manipulatrice).
Dans un lieu figé où rien ne bouge, où les mentalités restent rigides et l’air irrespirable, la voie se trouve ailleurs — et peut-être la joie marchera-t-elle longtemps à vos côtés. Dans une cage gelée, le temps se dissout simplement pendant que vous fixez l’horloge. Mais le monde n’est pas solitaire : des gens se rencontrent, partagent des instants enrichissants, procurent une chaleur véritable. Le solitaire malchanceux observe de l’extérieur, le cœur serré d’envie de goûter un peu a la même joie, à la même chaleur, et peut-être que l’inspiration le poussera à agir pour se sentir vivant et à connaître le bonheur.
Le savoir-vivre
L’horizon peut sembler vaste à l’intérieur d’une boîte — illusion qui vous engloutit vivant — tout comme une réalité étriquée anéantit vos ambitions jusqu’à ce que votre système flanche, s’éteigne complètement. Restons donc pleins d’espoir à chaque moment, sans jamais oublier que nous sommes faits pour la grandeur et la vraie connexion : un ciel ouvert qui n’a rien à voir avec la résignation ou la mort lente, et nous pouvons nous envoler haut.
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