La ventouse sentencieuse: Portrait d’un dépendant intellectuel – Par l’auteure et essayiste Hella Ahmed, 12/02/2026 © Tous droits réservés

Le policier des mots d’autrui

(Par Hella Ahmed) Un autoproclamé agent de l’ordre particulièrement bruyant. Il a saboté, même saccagé, la vie de vraies personnes parce qu’à un moment donné, il a décrété que son jugement fluctuant sur une certaine question était infaillible. Commode : il se réserve le droit de renverser ses propres positions antérieures sans jamais en répondre, droit qu’il refuse catégoriquement aux autres. Il a œuvré activement pour exclure certaines personnes du débat public, brimant leur liberté à exister avec des droits et les privant d’opportunités professionnelles conséquentes.

Le technique du rat 

Il s’obsède sur des individus précis, y pense bien plus qu’il ne l’admettra jamais. Il prévoit de produire le même genre de chroniques sentencieuses pendant les vingt prochaines années. Il ne montre aucun intérêt à élargir son horizon ni à accomplir un véritable travail intellectuel. La lecture profonde, l’assimilation d’idées complexes semblent hors de portée (par paresse, désintérêt ou simple incapacité). 

Dès qu’il doit placer une structure solide et une punchline dans un texte censé être progressiste ou moralement chargé, il se tourne presque exclusivement vers la même source créative extérieure – non pas pour une vague inspiration, mais pour l’étincelle centrale et les formules qui marquent. Ce n’est pas occasionnel : c’est sa méthode principale pour feindre l’originalité. Il est faible d’esprit, extrêmement dépendant et profondément ennuyeux.

Je dis « faim », et il reprend le mot presque instantanément – il guette ce que je publie dès l’instant où cela paraît, habitude qui dure depuis des années. Je lâche « gorge », et le terme resurgit, multiplié, dans sa prochaine chronique. Ce miroir de mots isolés ou de concepts se produit sans le moindre délai ; il absorbe sur-le-champ et publie quelque chose qui y fait allusion, toujours avec l’attitude de celui qui dispense une subtile correction ou une leçon d’humilité. Le schéma ne varie jamais : il continue de puiser son carburant dans mes idées, ce qui ne fait que confirmer l’inébranlable solidité de sa fixation. Il voit sa trajectoire de radoteur comme définitivement liée à ma trajectoire d’écrivaine – tel un dépendant accroché à une rivalité à vie.

Fixation terminale 

Quelle rivalité cela pourrait-il bien être ? Sur le plan de l’équilibre mental et de la maîtrise de soi, il a déjà perdu ; l’obsession semble compulsive. Sur le plan de la véritable substance intellectuelle, il n’y a pas match – son écriture se résume à du commérage reconditionné en commentaire moral ou social. Et sur le sujet même qu’il police si souvent – sortir des chambres d’écho –, sa posture s’effondre complètement. Ses préoccupations au sujet des réseaux sociaux semblent surtout mues par la frustration : les personnes qu’il a ciblées (avec une apparente indifférence au dommage causé) parviennent malgré tout à répondre, à prendre de l’élan et à prospérer.

Je ne le considère ni comme un adversaire ni comme un égal – juste une ventouse d’énergie persistante, quelqu’un qui s’est spécialisé dans l’usurpation lettrée et le déni, n’ayant développé aucune existence créative autonome.

Les figures de ce genre sont profondément épuisantes. On n’éprouve aucune envie de converser avec elles, de les honorer d’une réponse, ni de dépenser de l’énergie à expliquer ses propres entreprises pour pouvoir conduire ses affaires légitimes sans être dérangé. Il n’y a aucune obligation de les débattre jusqu’à les rendre pertinents, ni de tolérer un comportement qui s’assimile manifestement à de l’acharnement pathologique et à de l’intrusion.

L’ironie des chambres d’écho

Chaque fois que cet individu déverse un nouveau texte, celui-ci est chargé d’allusions déguisées en leçons morales ou en contes édifiants, avec soi-disant du recadrage m’étant destiné. Chaque vandalisme lui procure un petit frisson, un chèque et – dans son esprit malsain – une forme de victoire. Toute la routine semble conçue pour infliger une blessure, ou pour nier la légitimité d’une carrière d’écriture qui n’a jamais sollicité – et n’a certainement pas besoin – de son approbation ou de sa permission pour exister et réussir. Mon travail tient debout tout seul ; il ne repose pas sur ses opinions insignifiantes pour avoir du poids réel ou atteindre les personnes auxquelles il est destiné.

S’agissant de son comportent, ne représente-t-il pas l’essence même d’une chambre d’écho en boucle perpétuelle ?

Le même circuit qui tourne depuis des années, où règnent sans contestation les doubles standards : il sermonne les autres sur les dangers de l’isolement algorithmique et de l’étroitesse d’esprit, tout en opérant à l’intérieur de la plus étroite des chambres d’écho – celle qu’il a construite autour de son besoin compulsif et toxique de contrôler les gens qui réussissent et qui ne font pas partie de sa clique, de graviter autour de moi et de sans relâche se nourrir de mes productions.

Qu’il aille au diable 

Discuter avec quelqu’un qui présente des signes clairs de narcissisme toxique– gaslighting, transfert de blâme, fausse indignation morale, pensée étroite et mêmes schémas répétitifs à l’infini – est une pure perte de temps. La vie commence à peser plus lourd quand une personne pareille continue de rôder. Incapable de garder ses distances, même quand on n’a manifesté aucun intérêt de connecter. Nous connaissons tous des fardeaux dans les environnements toxiques ; la chose la plus saine à faire est de reconnaître l’atmosphère viciée pour ce qu’elle est – et de la rejeter simplement et catégoriquement.

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