
La mentalité colonialiste oppresse les cerveaux et s’autoproclame rentière des territoires de l’esprit ..Quand le déni revêt un visage rusé
(Par Hella Ahmed) Quand on repère des lacunes préméditées dans un discours qui se prétend raisonné, on assiste à l’œuvre du déni simulé – un symptôme criant, à mes yeux, de pseudo-intellectualisme. Mais comment être sûr que ces failles sont délibérées ? Comment savoir si l’on nous sert une illusion de bonne foi pour mieux nous vendre du vide et nous désarmer ?
Le naïf grimé en profond
Eh bien, on n’aborde pas des sujets sérieux avec une ingénuité plutôt infantile. Si quelqu’un, qui par le passé a démontré sa capacité à tenir un raisonnement jusqu’au bout – avec des essais rigoureux et clairs –, se met soudain à trébucher dans son discernement, pourquoi ce revirement ? Pourquoi cette incapacité subite à aller au fond des choses avec intégrité ? Hypocrisie mondaine, voilà tout.
Pour moi, le pseudo-intellectuel se révèle pleinement quand il choisit d’ignorer ce qui ne peut être contourné quand il est question de philosopher en toute sincérité. Penser à voix haute avec un public, c’est s’élever sans s’autoriser à sanctifier un obscurantisme opportuniste pour protéger des intérêts personnels ou des opinions qu’il vaudrait mieux garder pour les dîners entre amis intimes. Et puis, on peut très bien philosopher avec droiture sans invoquer à tout bout de champ des figures du passé, tel ou tel philosophe, comme si l’innovation était un privilège révolu et qu’un penseur devait sans cesse se justifier pour exister.
L’acharnement de l’ombre
Quel jeu puéril de déconstruire une œuvre inédite en convoquant de grands écrivains ou des philosophes illustres, dont les textes résonnent vaguement avec ce qu’on scrute de haut pour mieux le dissoudre, le réduire à néant. Et voilà que le pseudo-intellectuel, à court de créativité et d’humilité, se met à dénigrer pour se rassurer. Il brandit alors son essai, bâti sur les ruines de ce qu’il a démoli, espérant combler son vide intellectuel devenu insoutenable.
Mais attention, on ne s’acharne pas ainsi sur n’importe quelle création. Il faut une cible précise : un talent audacieux qui a osé s’exprimer avec force. Ceux qui s’entêtent à démonter une œuvre pour évincer une renommée naissante – une voix qui ose bousculer les sphères bien établies, souvent par héritage ou piston – trahissent une pulsion primitive. C’est une quête de domination, pas seulement raciale, mais animale.
La sélection naturelle
Elle se joue en spectacle dans les cercles intellectuels, entre cliques d’intellos qui cautionnent ou tolèrent des violences sournoises. Pseudo-intellos bardés de diplômes et compagnons sans pedigree officiel, promus, dévoués à une “évolution stagnante”, forment des bastions obsédés par la défense d’un territoire qu’ils croient acquis. Ils font de la légitimité une alliée des inégalités sociales – ces mêmes inégalités qui, si elles s’effaçaient, libéreraient les esprits pour une vraie transformation.
Stagnante, oui, car cette sphère que l’on qualifie de savante reste oppressive, hostile à une liberté d’expression sincère et aux reconnaissances qu’elle devrait accorder. Le numérique amplifie ces alliances : virtuelles et fragiles, elles n’en sont pas moins solides, portées par un impact viral et des intérêts économiques qui effacent tout le reste. Des supports parfaits pour la vanité de pseudo-intellectuels qui se choisissent entre amis ou amants associés, se cajolant pour mieux se préserver. Classisme, jalousie professionnelle, discrimination, stigmatisation, racisme : autant de cartes jouées sous le masque de la légitimité, qu’on peut retourner à l’infini.
La légitimité en question
Il faudrait un beau diplôme pour oser prendre la parole, mais les études sont contingentées – difficiles, voire inaccessibles en cas de précarité ou de pauvreté. Pendant ce temps, des corrompus, bien installés dans leur vie de doctorants, prêchent une chose et font son contraire. Il faut maîtriser la langue juste assez, sans trop briller, sous peine de susciter jalousie, haine ou mise au ban – surtout si vous n’êtes pas né dans l’élite. Vous pouvez vous relever après l’horreur, repartir du bon pied, mais en êtes-vous vraiment capable ? Les portes resteront closes, sauf si vous acceptez de jouer le rôle du stigmate glorifié, choisi pour incarner l’optimisme d’une société où le succès repose sur la réputation et des privilèges réservés. Cet individu qui exploite vos épreuves à son propre avantage obtiendra la promotion, tandis que vous serez relégué au statut de simple pion.
Et surtout, malheur à vous si vous en savez plus que ce qu’on vous autorise à savoir ! On vous accusera presque d’usurper une fonction que vous n’avez ni exercée ni revendiquée – par respect des règles, d’ailleurs. Pour couper court aux insinuations sans fin, il ne vous restera qu’à redescendre au bas de l’échelle. Mais pourquoi brider un esprit intègre qui sait ? Comment exiger d’un génie qu’il joue à l’idiot ? Et comment ose-t-on faire passer le pseudo-intellectuel pour celui qu’il ne fait que singer ? Pourquoi saboter la compétence ?
Le vaste monde des lettres
Curieusement, ceux qui étalent leur prose bancale, avec une morale trouble, prétendent nous sauver malgré nous de la décadence – tout ça parce qu’on n’adule pas Freud, ce carriériste qui a conçu une déontologie pour mieux la contourner en privé. Génial, certes : il explorait l’inconscient et le conscient pour comprendre les âmes et les tirer de leur misère psychologique, née de drames enfouis et de tragédies mythiques. Mais au lieu de pointer la violence d’un système patriarcal ou la misogynie des bourreaux qui persécutent les femmes, brisent leur paix d’esprit et qualité de vie, il a fait des opprimées des hystériques.
Et si vous osez remettre en cause ces prétentions, on vous taxera de fasciste. Ne jugeons pas sur l’histoire seule : les essais et erreurs sont le lot de tout chercheur, surtout ceux qui abusent des drogues et en gavent leurs patients jusqu’à la psychose toxique et la mort misérable. Stupéfiants et surmédication ont ceci en commun : ils mènent à la déflagration.
Cynique, moi ? Surtout lucide. Je n’ai pas inventé ces vérités historiques navrantes ; elles sont là, bien citées dans les travaux d’intellectuels qui ont osé aller jusqu’au bout de leurs questionnements, bravant les mesquineries, abus et harcèlements de ceux qui se croient en croisade punitive, armés d’une pseudoscience lugubre.
La liberté de penser
Quel culot de se positionner en tant que seul juge des lectures qui nous préserveraient de l’ignorance ! Moi, je préfère la sociologie, la neuropsychologie, la psychologie cognitive et comportementale, et une littérature anglo-saxonne audacieuse qui m’a donné un second souffle lorsqu’une horde d’envahisseurs en quêtes de succès à mes frais m’a pompé l’air. C’est mon droit, et je ne l’impose à personne, alors qu’on ne vienne pas dévaster mes écrits pour se sentir exister en dénaturant une féconde originalité sensée.
Ceux qui veulent vous “libérer” de votre liberté de pensée, en vous harassant sous prétexte de vous sauver, contredisent leurs belles paroles dès qu’ils s’immiscent dans vos affaires pour choisir à votre place, comme l’ont toujours fait les colonialistes, avec leur prétention à civiliser des peuples qui étaient libres et prospères. La colonisation n’a jamais cessé : économiquement, elle s’est même renforcée ; psychologiquement, elle passe par les médias de snobs et cette guerre des pseudo-intellectuels contre les lumineux esprits oppressés qui n’ont pas besoin d’autorisation pour briller.
Hella Ahmed 2023 © All rights reserved – Find my books on Amazon



