Selon l’écrivaine Hella Ahmed, le numérique aide à conforter la vanité des pseudo-intellectuels

(Hella Ahmed) Lorsque l’on observe des lacunes préméditées dans un discours se voulant raisonné, on peut de ce fait aussi y retrouver l’opération du déni simulé, et c’est pour moi un signe indéniable de pseudo-intellectualisme. Comment savoir que ces fautes de parcours sont voulues ou tolérées par défaut et qu’il y a donc du « déni simulé » en guise d’illusion de bonne foi pour convaincre le lecteur ou neutraliser son doute?

Le naïf en guise de profond

Et bien, on ne s’attaque pas à de sérieux sujets avec naïveté. De plus, si la personne qui fait conférence a prouvé dans le passé sa capacité à poursuivre jusqu’au bout un raisonnement qui se tient et qu’elle était apte à faire de ses essais des démonstrations rigoureuses et claires, pourquoi serait-elle tout-à-coup incapable de faire preuve de bon discernement en allant de façon intègre jusqu’au bout d’un questionnement? Ce n’est qu’hypocrisie mondaine.

Je pense que le pseudo-intellectuel en est tout bonnement un quand il choisit de faire fi de ce qui ne peut être contourné lorsqu’il s’agit de philosopher avec sincérité. Philosopher accompagné du public, c’est penser haut et fort sans se donner le droit de consacrer un obscurantisme d’occasion pour défendre des intérêts personnels ou des opinions qu’il serait préférable de garder pour les interactions privées, sécurisées. Aussi, on peut très bien philosopher avec intégrité sans citer un philosophe à chaque virage comme si la capacité d’innover était réservée au passé et qu’il faille à tout moment se justifier pour exister en tant que penseur.

L’acharnement de l’obscurité

Il est facile de déconstruire l’inédit littéraire en citant de illustres écrivains et des philosophes dont les ouvrages évoquent du familier à ce qui transparaît dans l’œuvre que l’on examine avec snobisme ou mépris afin de s’occuper à tenter d’annuler la beauté de ce qui a été réalisé. Tout à coup, c’est le pseudo-intellectuel qui manque de créativité et de modestie, occupé à dénigrer afin de se se rassurer sur ses capacités, qui brandira son essai construit à partir du recadrage de ce qu’il a déconstruit dans le dessein de remplir son vide intellectuel insoutenable.

On ne s’efforce pas non plus à faire ce travail de déclassement acharné en s’attaquant à la création littéraire de n’importe quel auteur. Ceux qui s’obstinent à démonter une création pour évincer une renommée singulière qui semble oser infiltrer les sphères des gens déjà bien en place par descendance, bien consacrés, ont quelque chose de primal à démontrer, une domination non seulement raciale mais animale.

La sélection naturelle

C’est l’expression de la sélection naturelle dans les sphères de l’intellectuel et cela se fait en clique, entre intellos qui endossent ou laissent faire et pseudo intellos bien diplômés ainsi que les pas si diplômés agents de l’évolution stagnante qui opèrent de concert avec eux. Ils forment ces cercles soucieux de conserver un territoire acquis qui fait de la légitimité la compagne de certaines inégalités sociales sans lesquelles une transformation positive pourrait s’opérer en libérant les esprits.

Stagnante, car opprimante bien que savante, et sans réelle liberté d’expression étant réfractaire aux reconnaissances nécessaires. Le numérique porte ces associations, volatiles étant virtuelles, et solides, puisqu’à l’impact viral et prolifique d’un point de vie économique, qui sont des supports à la vanité des pseudo-intellectuels se choisissant entre eux, amis ou associés, pour se dorloter et se conserver. Classicisme et jalousie professionnelle, discrimination, stigmatisation et racisme jouent la carte de la légitimité que l’on peut retourner sans arrêt.

La question de la légitimité

Il faut avoir un bon diplôme supérieur pour oser s’exprimer mais les études sont contingentées (et bien sûr difficiles ou même impossibles à poursuivre en cas de pauvreté ou de précarité), et des corrompus menant la belle vie du Phd. se permettent de dire une chose pour faire le contraire. Il faut maîtriser la langue sans trop la maîtriser pour ne pas se faire jalouser, détester et dévorer quand de naissance vous n’êtes pas promis à l’élite. Vous pouvez vous rétablir et repartir sur de bonnes bases après avoir vécu l’horreur, mais êtes-vous vraiment capables? Les portes vous seront fermées à moins que vous ne serviez de visage du stigmate, choisi pour être honoré par le scoop du favorisé travaillant avec générosité à illustrer l’optimisme d’une société qui base ses rapports sur la réputation et des avantages économiques d’une part et d’autre. Il aura une promotion.

Et n’oublions surtout pas que l’on ne doit pas en savoir plus que ce que l’on est supposé savoir, sinon on est presque accusé de faire comme si l’on exerçait ce que l’on n’est pas supposé exercer, sans même l’avoir jamais fait ou avoir prétendu le faire (par principe, logique et respect de la législation) et l’on devra peut-être, pour éviter la prolongation de la période des insinuations déplacées et avoir la paix, disparaître au bas de l’échelle. Mais comment et pourquoi limiter un cerveau intègre qui sait? Comment demander à un génie de faire l’idiot et comment oser faire passer le pseudo-intellectuel pour celui ou celle qu’il ne fait qu’imiter? Pourquoi saboter la compétence?

C’est cette contradiction servant de base à une pensée lacunaire qui légitime de s’atteler à transférer des biens intellectuels, ou à soi-disant les rapatrier en des contenants humains saints et proclamés sains, que des gens fermés d’esprit cautionnent. Ces mêmes qui font de la surveillance continue des intelligences libres et capables une affaire politique sensée préserver le peuple et la stabilité d’un système vu comme bien fait uniquement sur certains plans.

Le monde de la littérature est vaste

Étrangement, des gens qui tartinent leur beau pas si beau nous faisant une morale trouble ont la prétention de nous sauver malgré nous des affres de la décadence de ne pas apprécier Freud, un carriériste qui a conçu une déontologie pour ne faire que la contourner dans sa pratique privée. Il était si génial, capable d’explorer l’inconscient et le conscient des gens pour les comprendre à fond et les aider à surmonter leur sombre misère psychologique causée par tant de drames inconscients et de tragédies mythiques, qu’il a fait de la femme brimée une hystérique au lieu de considérer la répression opérée par un système patriarcal et la misogynie des bourreaux occupés à la torturer comme les assassins de sa tranquillité.

Mais encore, on vous dira que vous êtes fasciste ou antisémite, et ce, même étant vous-même sémite, si vous osez questionner le dogmatisme des gens bien au chaud sur leurs chaises de directeurs de consciences. Ne condamnons pas sur la base de l’historicité, les essais et erreurs sont le parcours de tous les chercheurs qui consomment trop de drogue et en prescrivent à leurs patients qui finissent en psychose toxique jusqu’à s’éteindre dans un sale état. La consommation abusive de stupéfiants et la sur-médication ont ce quelque chose de commun : elles mènent à la déflagration.

Cynique, je le suis, mais surtout lucide. Je n’ai pas inventé ces vérités historiques quelque peu ludiques bien que pathétiques, on les retrouve bien expliquées dans les ouvrages d’intellectuels qui ont osé aller jusqu’au bout de leurs questionnements sans se soucier du harcèlement moral de ceux qui considèrent comme étant une mission de vie que de convaincre les désintéressés d’adhérer à leur vision primordiale afin de contribuer avec ferveur à leurs côtés à faire l’éloge d’une pseudoscience qui ne les émeut pas.

La liberté de pensée

De plus, quel toupet que de se positionner comme étant seul compétent à conseiller les gens sur les lectures à choisir pour ne pas sombrer dans l’ignorance et sa violence. Je préfère la neuropsychologie, la psychologie comportementale, une littérature anglaise ou américaine en recherche, c’est mon droit et je n’y oblige personne.

Ces gens qui veulent vous libérer de votre liberté de pensée en vous limitant pour vous sauver semblent faire le contraire de ce qu’ils prêchent passionnément quand ils s’ingèrent dans vos affaires comme les colonialistes l’ont fait avec cette prétention de civiliser des pays qui étaient libres et prospères. La colonisation n’a jamais cessé, économiquement elle a perduré et s’est même bien renforcée. Psychologiquement, elle passe par les médias de masse et la guerre du pseudo-intellectualisme contre les lumières des cerveaux oppressés.

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