La société de la contrefaçon : fraude Intellectuelle et fausse représentation – Par l’auteure et essayiste Hella Ahmed, 22/05/2026 © Tous droits réservés

Vandaliser les textes d’autrui pour délirer l’originalité

(Par Hella Ahmed) Je crois profondément que le plagiat représente une forme de fraude intellectuelle et de fausse représentation. Dans les sociétés d’auteurs comme dans les milieux de la création, cette idée est largement partagée. Pourtant, on observe encore trop souvent un déni collectif, parfois structuré en réseaux, visant à maintenir une autorité culturelle bâtie sur des bases douteuses, une pseudo autorité tout bonnement frauduleuse, non représentative et non légitime.

1. La nature frauduleuse du plagiat

Il ne s’agit pas là d’une simple négligence ou d’un manque de rigueur. Le plagiat est une tromperie délibérée. Lorsque l’acte se répète, il trahit une volonté claire de se présenter comme l’origine de contenus qui ne nous appartiennent pas. La fraude consiste à obtenir un avantage par le mensonge. Le plagiat entre exactement dans cette catégorie : il revient à présenter le travail, les idées ou les formulations d’autrui comme si elles étaient les siennes.

2. La fausse représentation

Plagier, c’est usurper l’identité intellectuelle d’une autre personne. On s’approprie son intelligence, son effort et sa créativité pour paraître ce que l’on n’est pas. C’est une forme de tromperie sur la marchandise intellectuelle.

Un exemple parlant reste celui d’une chroniqueuse qui reprend la structure et les idées d’articles existants, les réécrit par-dessus pour se réapproprier un travail original — ou s’imaginer, dans un délire mégalomaniaque, en droit de le corriger en le saccageant —, afin de produire, paraître, se faire payer et, en même temps, prouver au public ignorant de ses méfaits une supériorité imaginaire, le tout réalisé dans la fraude intellectuelle et la fausse représentation.

Quand cette méthode se prolonge et reçoit des appuis, elle confine à une forme de fabulation institutionnalisée, puisque les méfaits sont endossés par des gens bien au courant de la supercherie. Elle falsifie l’origine de ce qu’elle soumet tout en vandalisant les productions d’une personne intègre quant-a-elle, qui ne mérite pas d’être entachée dans son identité intellectuelle et littéraire.

Lire: L’amitié littéraire ou l’art de coloniser un texte (Sur l’art subtil de n’avoir rien à dire), 11 Janvier 2026, Hella Ahmed.

Lire: Architectures copiées et détournement : Exemple n°2 d’une reprise systématique (Analyse factuelle d’une inspiration trop proche), 16 Janvier 2026, Hella Ahmed.

Lire:  L’usurpation lettrée: intertextualité sans texte et étrangeté d’emprunt (Le pillage en posture théorique), 10 Janvier 2026, Hella Ahmed.

 3. Le vol de propriété intellectuelle

Au-delà de cela, le plagiat constitue un véritable vol. Il prend non seulement les mots ou les idées, mais surtout le mérite et la reconnaissance qui reviennent de droit à l’auteur original. En droit français, il est assimilé à la contrefaçon et puni comme tel par le Code de la propriété intellectuelle (articles L335-2 et suivants). (centre-mersenne.org)

4. L’injustice et ses conséquences

Enfin, la pratique est profondément injuste. Elle permet d’obtenir visibilité, rémunération et statut sans l’effort correspondant, plaçant ceux qui travaillent honnêtement en situation de concurrence déloyale. 

Au Québec, le plagiat qui reproduit de manière substantielle une œuvre protégée constitue une violation de la Loi sur le droit d’auteur du Canada. Cette loi protège à la fois les droits patrimoniaux et les droits moraux de l’auteur, notamment le droit à la paternité. Lorsque la pratique est répétée et génère des revenus, elle peut être qualifiée de contrefaçon commerciale, renforçant les recours possibles. Ces dispositions soulignent que le plagiat n’est pas un simple emprunt, mais une atteinte sérieuse à la propriété intellectuelle.

Conclusion

Le plagiat ne peut donc pas être minimisé à un simple écart technique. Il touche à l’honnêteté intellectuelle de base et met en péril la crédibilité collective du monde des idées. Et oui, il s’agit bien de plagiat que de reprendre les textes d’une personne pour en voler la substance, les massacrer, les badigeonner de fioritures textuelles médiocres et marquer ainsi un territoire qui n’est pas le sien. C’est grotesque et profondément malhonnête.

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