L’enfant et son espace émotionnel

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(Par Hella Ahmed) Est-ce bienveillant de faire part de détails de sa vie privée à ses jeunes enfants? Soit de sa vie sexuelle et sentimentale (réflexions,  questionnements et frustrations) ou de raconter ses traumatismes aussi bien sexuels que relationnels? Cela peut avoir des conséquences négatives pour l’enfant dans l’immédiat et à long terme.  

Au lieu de s’occuper à grandir sans penser à soigner sa mère ou son père, l’enfant risque de se responsabiliser, de se sentir protecteur, de développer un sentiment d’injustice, de la colère, de la dépressivité. Il peut se mettre à vivre des inquiétudes en lien avec des traumatismes qui ne le concernent pas personnellement et qu’il intériorisera comme étant les siens puisqu’il a besoin de s’identifier à ses parents et que leurs émotions l’affectent profondément tout naturellement. 

Des enfants soumis à ces traitements s’imagineront devoir être punis, par culpabilité et solidarité, afin de ressentir la souffrance de ce parent qui raconte ses douleurs du moment et du passé comme si elles étaient d’actualité. D’autres se mettront à haïr le mauvais sujet de l’histoire, d’une histoire, sans pour autant comprendre la complexité des interactions entre les personnages et la teneur des faits rapportés.   

Les enfants, qu’ils soient de sexe féminin ou masculin, s’identifient à leurs deux parents, et même si à l’adolescence le désir de différenciation devient important et se manifeste aussi bien consciemment qu’inconsciemment dans le comportement, le lien avec le bagage transmis du parent n’est pas rompu. Nous ne devenons pas un être singulier du jour au le demain, nous le sommes dès la naissance et nous le restons jusqu’à la fin. Cet être singulier est une continuité et une oeuvre en évolution à la fois.  

Le dévoilement de l’intime  

Divulguer ce qui relève de l’intime aide à évacuer, à ventiler, à faire sens, à se soigner, mais pendant que l’on se rassure ainsi, est-ce juste de faire de son enfant son thérapeute ? Il y a un temps pour tout et engager un enfant dans des conflits qui ne le concernent pas et des épouvantes dont il n’a pas besoin, c’est empiéter sur sa liberté, le traumatiser et l’empêcher de développer son plein potentiel. 

Les enfants métabolisent l’information et leur sensibilité singulière leur fait rapidement ressentir et exprimer de l’empathie. Bien que l’adulte qui a besoin de réconfort ne réalise pas toujours qu’il cherche inconsciemment à ce que son enfant le contienne, il lui donne la responsabilité de l’écouter sans jugement puisque l’enfant aime sans se poser de questions. En dévoilant des détails intimes à l’enfant, il l’engage à valider ses états émotionnels et l’oblige à le soutenir dans son processus  d’évacuation de ses angoisses.  

Certains parents voudront partager leurs leçons de vie avec leurs enfants afin qu’ils ne leur arrive pas les mêmes misères relationnelles qu’à eux, mais assurer un environnement sain à sa progéniture et lui apprendre à intégrer le concept de prudence, sans pour autant lui transférer des images d’abus alors qu’elle n’est pas prête à recevoir ce  genre d’informations concernant un proche, c’est déjà une bonne façon de le préparer à éviter d’éventuelles difficultés. C’est le motiver de façon saine à faire des choix sécuritaires guidés par l’amour de soi et l’amour du prochain bienveillant. 

Les leçons se donnent dans le respect de la sensibilité d’un enfant qui se forme et qui apprend à son rythme. Raconter son histoire n’est pas mauvais en soi, mais la raconter à qui? Quand? Comment? Et pourquoi ?  

La contagion émotionnelle et le sens du réel  

Dans les séparations et les divorces, quand tout se désorganise dans des cas, les enfants sont pris au piège entre les ressentiments et les préoccupations des deux parents. Il se produit la même chose quand on revient sur le passé lointain comme s’il s’agissait de la veille en ressassant les conflits de séparation, sans se demander si son enfant ou adolescent a besoin de faire le témoin pour donner sens à un vécu encore douloureux.  

Prévenir contre le mal sans personnaliser le risque en l’associant au vécu traumatique du parent permet à l’enfant de faire sens du danger de façon réaliste, de garder une distance et d’apprivoiser l’incertitude de la vie en général pour que l’anxiété ne fasse pas inutilement irruption massive dans sa vie.  

La contagion émotionnelle entre parent et enfant existe, elle empêche l’enfant d’avoir un lien sécurisant avec le parent, comme elle empêche le parent d’accepter que son enfant puisse vivre sa propre interprétation des événements et mettre en place des stratégies réalistes basées sur l’observation de faits d’actualité quand il aura à interagir de façon indépendante avec son environnement et y établir des connections.

Avant de ventiler auprès d’un jeune enfant, il est important de se rappeler qu’une telle fusion peut être dommageable, car bien que la relation soit très intime entre parents et enfants, il est primordial de respecter l’individualité du jeune et sa vulnérabilité au niveau émotionnel. Il est important de comprendre que le brusquer ou le mettre en situation de conflit ne l’aidera pas à devenir fort et conscient, mais plutôt angoissé et en confusion quant à ce qui lui est propre ou non comme sentiment. 

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