Santé Mentalité

Créons des liens pour faire du bien. Se réaliser dans l'existence, c'est demeurer et devenir soi

Le harcèlement psychologique au travail : pourquoi et comment?

Tristesse

(Par Hella Ahmed) Vivre de la violence psychologique au travail peut grandement affecter votre qualité de vie et votre santé globale. Vous trainez ses effets pervers avec vous en rentrant chez vous, même dans votre sommeil si vous en faites des cauchemars, et durant vos vacances ou celles de votre agresseur, quand la peur du retour de la violence et le ressentiment vous empêchent de récupérer, comme si ce temps d’arrêt était celui d’un mirage d’oasis dans lequel bien plongé vous avez quand-même soif.

Parfois sans même vous en rendre compte, vos conversations en dehors du travail ne parlent que de cela, et malgré toute l’empathie que votre entourage a pour vous, il pourrait arriver à l’occasion qu’on trouve votre discours pénible à suivre ou un peu redondant. Les moins proches se permettent même des remarques blessantes. Certains vous feront la morale en vous accusant d’être en train de vous ‘’victimiser’’, et pour ne pas s’en mêler ou par dédain, d’autres vous auront peut-être même étiquetée comme personne à problèmes.

Si vous souffrez de vos conditions au travail, c’est peut-être parce qu’on vous a fait mal au travail et que ce type d’injustices organisées est une honte. Si vous souffrez des conséquences de vos conditions de travail, c’est peut-être parce que vous êtes la cible de comportements inadaptés et incompatibles avec un milieu de travail qui se respecte.

Nul n’est à l’abri de certains heurts même s’il s’est décidé à ne pas céder. La violence psychologique est sournoise, et si le ou les harceleurs au travail ne sont pas stoppés, ils vont continuer vers leur but ultime, celui de vous faire tomber pour finir par tomber à leur tour.

Les formes que prend la violence psychologique au travail 

La violence verbale au travail fait partie du lot, les dérapages qui perdurent malgré les protestations de la personne ou des personnes attaquées sont très nuisibles. La violence verbale peut aussi escalader et mener à la violence physique.

L’impolitesse peut sembler inoffensive quant à ses conséquences dans un milieu de travail, mais elle a bien sa portée et elle est plutôt néfaste. Elle a par exemple le potentiel de baisser le moral, ou de provoquer une baisse de cohésion de groupe ou de motivation, d’instiguer de mauvais sentiments ou de faire se sentir coupable et triste.

Le harcèlement sexuel au travail sous toutes ses formes est une violence. Les attouchements qui sont des attaques à l’intégrité physique et psychologique de la personne s’associent souvent à d’autres comportements. Les remarques sexistes ou discriminatoires sont des outrepassements aussi bien que les compliments déguisés et les propositions réitérées malgré un refus exprimé.

Le harcèlement psychologique au travail est un fléau au sein de l’organisation, l’existence et le maintien de ce type de violence psychologique dépendent de certains facteurs et servent certaines visées. Ses mécanismes invisibles ont fait l’objet de nombreuses recherches et les sociologues du travail en disent long en la matière.  

La prédisposition à l’agression de la victime : une fabulation 

Avez-vous déjà entendu parler de cette explication qui met la victime au centre de l’agression, lui attribuant la responsabilité de ce qui se sera passé?  »Si tu es harcelé au travail, c’est ta faute. C’est ta mauvaise énergie qui en est la cause, tu attires les harceleurs ». Si vous avez osé être victime de harcèlement psychologique au travail, on pourra même vous proposer une thérapie spéciale pour vous libérer de votre propre joug au lieu de considérer le problème de façon sérieuse, cela en dira long sur les méthodes de gestion de cette même organisation.

Selon Angelo Soares, sociologue du travail et professeur au Département d’Organisation et ressources humaines de l’École des Sciences de la Gestion à l’Université du Québec à Montréal, aucune recherche scientifique ne démontre qu’il y a des traits de personnalité qui favorisent une ouverture ou une attitude d’appel au harcèlement psychologique au travail.

Évidemment, nous savons par exemple que les prédateurs sexuels iront vers des personnes qui semblent vulnérables ou qui se trouvent dans des situations où elles sont à risque, afin de commettre leur crime sans risquer de se faire remarquer, mais quand nous parlons de violence psychologique au travail, nous parlons d’un contexte avec une dynamique organisationnelle et des actes répétés, soit un contexte qui favorise ou permet l’existence, dans la durée, de ce type de comportements qui ne passent pas inaperçus.

Quand nous parlons de mécanismes invisibles, nous parlons d’une structure et de personnes qui tirent les ficelles. Selon Soares, la victime de harcèlement psychologique est souvent une personne avec une grande centralité du travail. C’est une personne qui travaille bien et qui dérange les autres qui se sentent menacés par ses compétences.

Et bien que les responsables du harcèlement puissent se sentir en sécurité, ils ne sont nullement à l’abri d’un retournement de situation et d’un traitement à leur propre recette administré par quelqu’un d’autre puisque l’organisation même permet cette dynamique dans son milieu.  

Les Ingrédients de base du harcèlement psychologique au travail 

L’existence du harcèlement psychologique au travail nécessite la présence d’une ou de plusieurs personnes cibles. Elle requiert également la présence d’un ou plusieurs harceleurs, mais surtout, bien entendu, d’un contexte qui favorise et tolère ce type de violence psychologique et son maintien.

Les incompétences au niveau social et technique du côté du personnel en gestion des ressources humaines sont souvent en cause, explique le professeur.

Une personne en poste de gestion qui n’est pas apte à assumer ses tâches de façon appropriée étant donné ses lacunes en communication et autres compétences en gestion peut choisir de faire du harcèlement pour naviguer au travers des événements, comme elle peut se trouver à agir de telle façon sans même s’en rendre compte étant donné encore une fois son incompétence au plan communicationnel et autres.

Par exemple, régler un problème de retard se fait avec tact et dans le respect de la dignité du retardataire, non en l’humiliant publiquement afin de le marquer à vie pour qu’il cesse simplement d’arriver en retard. Il sera peut-être bien marqué à vie de cette violence psychologique, mais son incapacité à être ponctuel n’aura nullement été interpelée. Être incapable d’assumer ses tâches de gestion dans le respect de la dignité des gens peut de cette triste manière se transformer en harcèlement.

L’incapacité à faire une rétroaction positive, à valoriser les efforts de quelqu’un ou à accepter de considérer de façon réaliste son mérite, démontrent de l’incompétence également.

Le conflit de personnalités (ou autrement désigné dans le langage courant comme incompatibilité de caractères), bien qu’utilisé comme argument dans nombreux cas, est une justification simpliste qui ne tient pas la route pour licencier un salarié ou le faire partir à coup de pression, car la diversité est une richesse. On ne peut glorifier une chose et son contraire, le discours paradoxal au sein d’une organisation est signe d’une désorganisation latente.

Les causes du harcèlement psychologique au travail et ses pions 

On parlera parfois de la présence du pervers narcissique ou du sociopathe, cet individu qui prend plaisir à voir ses victimes souffrir. Il faut cependant noter que cette tendance à faire du mal et à en retirer du plaisir présente différents degrés de sévérité.

Il y aura, éventuellement, la figure du gestionnaire à l’égo démesuré. Celui qui a harcelé sexuellement et qui maintenant harcèle autrement, depuis qu’on l’a remis à sa place et qu’il a compris qu’il ne pouvait teinter de sexualité ses atteintes à la dignité du capital humain de l’organisation. Et il y a dans la même veine, l’employé manipulé, aveuglé par le pouvoir illusoire que lui procure le fait de saboter pour le bien supposé de l’organisation, aux ordres de son patron.

Et pour illustrer quelques cas, il y a bien à l’occasion le nouveau ou la nouvelle en poste dans l’organisation qui n’aura pas bien assimilé ses tâches et qui désire démontrer son autorité en oubliant d’agir dans le respect de l’individualité d’autrui, de ses compétences et de ses droits fondamentaux.

Pour finir, l’un des plus virulents et des plus butés, celui qu’on a mis en poste pour faire le ménage. Il a comme grande réalisation de faire fuir tous ceux qui coûtent trop cher, car on voudrait réduire les coûts. Pour ce, le justicier masqué jouera à rendre la vie impossible au travail et à faire croire aux gens qu’une chose d’anormale s’est produite en eux (un rejet du milieu), alors qu’il passe son temps à les intoxiquer. M. Angelo Soares souligne, à ce sujet, que nombreux cas documentés font mention de cette dite stratégie organisationnelle et que les tribunaux connaissent ces dossiers qui sont bien pris au sérieux.

Le harcèlement psychologique a pour but de casser psychologiquement une personne et de la faire partir bien souvent grâce à de petits gestes répétés. C’est comme un puzzle qui s’assemble au fur et à mesure, avec ses fissures qu’on impose à votre bien-être. C’est la synergie de ces actes et leur perpétuation dans la durée qui fera d’une personne ou une autre la victime de harcèlement psychologique.

harassment

Gestes et conséquences 

Parmi les gestes qui constituent des éléments de harcèlement psychologique, pour n’en nommer que certains :

  • Ostraciser la personne, travailler à isoler la personne.
  • Ne plus parler à la personne, faire comme si elle n’existait pas.
  • L’éloigner de ses collègues, la stigmatiser.
  • Causer du tort au travail (saboter), donner des échéances impossibles, irréalistes.
  • Assigner une grande charge de travail à la personne, lui assigner un travail au-delà de ses compétences du moment, ou qui demande au contraire des compétences grandement inférieures à celles qu’elle détient et démontre.

 Parmi les conséquences sur la personne et sur l’organisation :

  • Conflits familiaux pour la personne et même divorce.
  • Des pensées suicidaires dans nombreux cas, et la dépression.
  • Absentéisme et épuisement
  • Détresse psychologique pour la personne et pour les témoins
  • Détérioration du climat de travail (méfiance, désengagement, agressivité)
  • Perte de l’expertise au sein de l’entreprise en cas de départ, transfert de connaissances rendu impossible.

La prévention : une nécessité  

La prévention se fait à trois niveaux, comme l’explique le professeur Soares. Pour commencer, elle se fait au niveau primaire. Si l’organisation du travail et les méthodes de gestion sont en cause en premier lieu, c’est bien à ce niveau-là qu’il faut agir en premier. On peut ainsi prévenir en agissant à la source du problème.

Dans ses recherches, le professeur identifie des variables organisationnelles très importantes qui permettent de prédire l’existence du harcèlement psychologique. L’intervention au plan de la prévention gagnerait donc à agir au niveau de ces variables mêmes.

  • Le manque de cohésion dans l’équipe
  • Les injustices au travail
  • La surcharge de travail

D’autres variables organisationnelles peuvent exister. Dans ce sens, il est absolument utile pour une organisation de procéder régulièrement à une évaluation soit un diagnostic organisationnel qui consiste à identifier ce qui se passe réellement, afin de permettre d’agir en guise de réparation dès les premiers écarts, ou de prévenir pour éviter le pire.

Il est de rigueur d’identifier chaque problème en particulier et ses sources, en posant certaines questions :

  • Le problème existe-t-il ?
  • Où existe-t-il et quelles en sont les causes ?

À la suite, il est possible d’intervenir de la façon la mieux adaptée. Par exemple, la violence verbale ne sera pas traitée de la même façon que du harcèlement psychologique. Aussi, il s’agit parfois de tout simplement transposer les règles de fonctionnement d’un  département fonctionnel à un autre, histoire de suivre le modèle gagnant au niveau de la politique de non-violence qui y règne.

La création d’une politique organisationnelle est incontournable, et cette politique doit être vivante, explique Soares. Pour ce, elle doit être rappelée régulièrement, soit revisitée au niveau de sa revitalisation.

Au niveau secondaire, la prévention consiste à offrir des formations ponctuelles aux personnes incompétentes afin de les outiller pour réactiver la machine autrement. Une fois les lacunes identifiées et adéquatement traitées, on peut envisager une vie meilleure au sein de l’organisation et une meilleure productivité par conséquent.

Finalement, il est important de reconnaître l’échec des efforts de prévention primaire et secondaire quand les dommages sont là, cela permet d’envisager un nouveau départ. Réparer les dégâts consiste entre autres à veiller à amoindrir les souffrances des personnes heurtées. Un soutien individualisé est à penser et des associations spécialisées pour panser les blessures et regarder vers l’avenir peuvent s’organiser.

* Si vous avez aimé ce dossier, visitez la page Facebook pour faire un like ICI

Copyright © 2015 Santé Mentalité – Tous droits réservés – sante.mentalite@hotmail.ca

Bande

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :