Santé Mentalité

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Les visages de la stigmatisation en santé mentale

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(Par Hella Ahmed) Peut-être que les temps ont changé, peut-être que les gens qui souffrent osent enfin parler de leur mal de vivre, de leurs problèmes de santé mentale. Peut-être que le changement de mentalités face aux tabous de la maladie mentale s’est bien amorcé, grâce aux efforts de tous ceux qui se mobilisent pour informer et surtout sensibiliser, certains rémunérés, d’autres bien nombreux non, certains parmi des célébrités adulées qui veulent donner le bon exemple, d’autres anonymes, parfois appréciés, parfois incompris, et nombreuses fois des rescapés, témoins convaincus que la souffrance est humaine et qu’elle n’a rien d’une maladie honteuse.

Mais le danger est réel pour certains qui affichent leur maladie ou pour d’autres qui sont affichés malgré eux, comme le danger a été réel pour ceux qu’on a même poussés à se dire «malades mentaux», avec toute une charge négative liée à cela dans le contexte et l’environnement où ça s’est fait.

La psychiatrie de nos jours n’est pas ce qu’elle était du temps où l’on disait les femmes hystériques quand elles souffraient ou qu’on axait le traitement des psychotiques, des traumatisés ou des dépressifs, exclusivement sur la médication, bien que des résistances aux nouvelles pratiques plus proches de la réalité des besoins des patients existent encore, mais les changements ne se sont pas produits du jour au lendemain et des gens ont souffert le long des essais et erreurs en traitements et méthodes d’intervention.

Des gens ont souffert non seulement à cause de la maladie, mais beaucoup aussi à cause de la stigmatisation liée au manque de connaissance et aux idées limitantes provenant aussi bien d’une nouvelle façon de considérer les souffrances humaines liées à des maladies dites mentales, que des  vieilles mentalités qui percevaient la maladie mentale comme une faiblesse et un manque de sérieux de la part de l’individu au niveau de l’organisation de son projet de vie.

Il y a vingt ans ce n’était pas comme maintenant, et maintenant reste encore à transformer bien que les temps soient heureusement déjà à l’émancipation et à la liberté de se retrouver, de retrouver sa liberté.

Les vestiges du passé et l’engrenage de l’identité sociale virtuelle  

Nombreux sont restés incompris à cause d’un mauvais départ, on les aura distancés de leurs proches et d’une bonne partie de la société en pointant qu’ils n’étaient plus aptes à être des gens responsables ou raisonnables dans le monde, qu’ils devaient pour une bonne partie d’entre eux se satisfaire de leurs médicaments et d’une petite pension pour survivre en marge, car marqués à vie, mal structurés et limités dans leur capacité d’évoluer. Ils ont pour nombreux eux-mêmes répété ces idées, ils se sont autostigmatisés à force et ont oublié qu’ils n’étaient pas si différents des autres et que la perfection n’existe pas.

Nombreux ont ainsi perdu l’estime de leurs familles et même des amis à cause d’une étiquette de cause perdue, et parfois la possibilité d’une vie où le respect et le confort de droit pour les gens non stigmatisés et non perçus comme défaillants structurellement, leur a subtilement été retirée, leur citoyenneté oubliée et leur présence voilée.

Le passé étant le passé, les vieux dossiers ainsi que les mémoires, même inconscientes, restent marqués et il n’est pas donné à tous de vouloir penser ou de penser à penser la question de chaque personne comme celle d’un individu singulier qui n’a rien d’une eau stagnante, mais qui a évolué, bien que les préjugés et les abandons vécus limitent les chances de progression des personnes isolées qui ont été pour toutes sortes de raisons mal accompagnées et mal comprises au travers de la crise.

Le réseau social est important et sa façon de considérer la question de la souffrance liée à la santé mentale aussi. La stigmatisation existe dans tous les milieux, même dans les milieux de soins, et pourtant nombreux soignants souffrent aussi de détresse psychologique. Le métier de soignant est un beau métier qui apporte aussi son lot de difficultés et de défis à relever.

Les réseaux de soutien communautaires et d’aidants naturels, avec leurs intervenants et bénévoles de bonne volonté qui oeuvrent avec coeur auprès des gens, en face à face ou aux lignes d’écoute, ont un impact extrêmement important dans la vie des personnes seules ou moins seules, vivant avec ou ayant vécu des problèmes de santé mentale, et dans la vie de ceux qui ont eu un parcours semé d’embûches à cause des préjugés quant à la maladie mentale, de cette histoire obscure de la perception que les sociétés ont de la maladie mentale et des prédateurs qui se livrent à des actes répréhensibles contre des personnes vulnérables.  

S’afficher : dans quelles conditions ?  

S’afficher quand on a un réseau social solide, une sécurité financière, un travail stable depuis assez longtemps, bien rémunéré et sécurisé, pourquoi pas? S’afficher dans ces conditions peut même aider à garder son emploi et se protéger des propos négligents qui risquent de circuler quand on a paru plus vulnérable à une période donnée, cela ramène les esprits à considérer les choses d’un point de vue plus professionnel qui remet en avant scène les droits des employés et leurs conditions protégées, donne le bon exemple, mais ceux qui ont des petits salaires et qui évoluent dans des milieux plus défavorisés, qui n’ont pas de sécurité d’emploi ou qui vivent des conditions de travail abusives, ne sont pas dans la même position.

La maladie mentale affichée a pu dans le passé être un piège et une condamnation pour nombreux et elle peut avoir un impact négatif encore de nos jours si l’expérience de la maladie mentale n’est pas normalisée et dissociée du mythe de l’incapacité.

Par exemple, un étudiant qui se fait rire au visage par un agent administratif parce qu’il a demandé une autre extension, ayant mention dans son dossier universitaire de multiples épisodes dépressifs nécessitant des pauses, car la dépression ne part pas du jour au lendemain et elle peut persister durant de longues années dans des cas, et ce avec des hauts et des bas, en souffrira grandement s’il n’est pas bien accompagné et soutenu par rapport à l’incident. Il y a des employés sensibles et sensibilisés comme et il y en qui ne sont pas éveillés à la question des bonnes pratiques.

Avoir un diagnostic lourd sur un dossier dès sa jeunesse peut mener à l’isolement et à la pauvreté quand le réseau n’est pas assez aidant ou que l’entourage n’a pas les conditions nécessaires pour aider de façon optimale. Nombreux psychologues hésitent à porter un diagnostic de dépression ou de stress post-traumatique par exemple quand il en est des programmes d’aide aux employés, à cause des répercussions graves et de l’impact lourd que cela peut avoir sur le futur professionnel et personnel de l’individu.

Il existe bien des cas de personnes en détresse psychologique confrontées à des propriétaires abusifs. On les aura vues bien longtemps seules, quand la maladie a perduré. On les aura vues dans la détresse, parfois délaissées. Elles ont peut être essayé de se relever, elles ont peut-être même réussi à bien se relever, mais le statut d’un locataire vulnérable et limité financièrement qui l’a condamné a être négligé, même agressé, ses droits bafoués sous prétexte qu’il n’avait pas le choix de demeurer dans les lieux et qu’on pouvait ainsi le maltraiter ou économiser les frais des réparations et rénovations, ne changera pas du jour au lendemain dans la tête de l’agresseur qui a intérêt à voir la personne plutôt souffrante et fatiguée afin de continuer à profiter du loyer sans offrir tous les services qui viennent légalement avec le contrat de location.

Évidemment, il est toujours possible de se battre et de réclamer justice, mais quand on souffre déjà et que les conditions de vie n’ont pas aidé à se relever comme il fallait, où trouver l’énergie pour se battre? Quand son réseau social est limité, car il n’a pas été vraiment possible de le bâtir vu les épreuves multiples et l’isolement social dû à la précarité financière ainsi qu’à la stigmatisation et l’auto-stigmatisation, comment se sentir assez fort ou apte à renverser la vapeur ?  

Une vulnérabilité validée : des sociétés plus conscientes 

Les tabous sont là parce que la tendance à discriminer est encore là et que les jugements ne disparaîtront pas comme par magie. L’altruisme n’est pas la règle d’or de chaque être humain et la réussite sociale est souvent appréciée en observation des conditions financières de la personne ainsi que de la bonne gestion de ses conditions de vie et de ses relations.

Subir des remarques blessantes par les proches comme par les moins proches n’aide pas à se sortir des idées morbides, de l’auto-stigmatisation et de la dépression. La façon de réagir de chacun face aux jugements négatifs qui lui sont adressés peut être modifiée, mais pour y arriver et continuer à avancer malgré l’adversité, il s’agit d’avoir des alliés, un entourage qui apprécie la personne pour tout ce qu’elle est, qui ne l’a pas rejetée, et des conditions de vie qui permettent de voir qu’il y a de bons et de beaux côtés à la vie et qu’il y a de l’amour qui traverse les épreuves.

Certains ont été plus chanceux que d’autres, certains ont eu un support plus éveillé, certains ont réussi malgré tout à se construire une vie meilleure, mais comme il n’y a pas deux histoires identiques, la question du rétablissement est intimement liée à la chance, au nombre d’épreuves à surmonter, au soutien d’un réseau social éveillé et à des conditions économiques plus justes qui demeurent intimement liées à une moindre stigmatisation et auto-stigmatisation.

Il faut toujours et encore se mobiliser pour que les idées qui circulent au sujet de la maladie mentale soient enfin et pour de bon plus réalistes, la maladie mentale n’a pas à ressembler à une condamnation, elle n’a rien d’une différence qui divise, qui empêche de progresser ou de contribuer à la société. Les plus belles réalisations sont à venir pour des sociétés plus conscientes de l’importance de valider sa vulnérabilité pour mieux évoluer vers la préservation de l’amour de soi et du prochain.

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