
Hypocrisies et inégalités des chances
(Par Hella Ahmed) Psychiatrie aliénante, tant sur le plan mental que physique, développement personnel qui remet en question votre spontanéité, psychologie teintée de pseudoscience qui vous accable de freudisme : le milieu de la santé mentale n’a jamais été vraiment propre. Parmi ceux qui se proclament justiciers de ce domaine, certains ne sont en réalité que des tyrans carriéristes protégés par une ordre professionnel.
Et pourtant, sans l’espoir d’un bon soin ou d’un soutien réel, dans le respect, vivre avec une détresse psychologique peut devenir un labyrinthe solitaire laborieux, un tunnel noir quasiment interminable. Heureusement, il existe beaucoup de gens bien qui savent prodiguer des soins et du soutien, mais personne n’est parfait, il reste essentiel de cultiver la prudence et de ne pas qualifier toute méfiance de résistance au soin, au risque de dénigrer la liberté de pensée, droit essentiel en démocratie.
Historicité et progrès
Il y a vingt ou vingt-cinq ans, une vague de diagnostics excessifs a dramatisé ce que l’humain pouvait vivre sur le plan émotionnel et sentimental, et surtout en lien avec le stress d’une vie difficile ou d’épreuves majeures de passage, qui malheureusement persistantes dans des milieux difficiles, toxiques ou précarisés. Cela a instauré, en partie, une forme de supercherie ou d’hypocrisie. On a vu des gens, investis d’un certain pouvoir ou positionnés socialement et médiatiquement comme étant du « bon côté » du savoir, décréter des maladies mentales chez d’autres qui n’étaient pas très différents d’eux et qui partageaient souvent des traits de personnalité assez similaires
Cela a aussi profité à « Big Pharma ». Tant de participants ont été recrutés à leur insu pour des études, certains se sentant plus tard comme des rats de laboratoire dont on avait réquisitionné l’existence. Les effets secondaires de médications, parfois inutiles, ont mis des années à s’estomper pour les plus malchanceux. Des recours collectifs ont émergé, portés par des personnes ayant souffert de ces écarts et dérives, perdant un temps irremplaçable à tenter de surmonter l’abus pour revivre pleinement.
Les dérapages d’un ordre plutôt « médical » ont été nombreux par le passé, et rien n’indique qu’ils soient sur le point de cesser. La vulgarisation est cruciale pour l’« empowerment », mais il est nécessaire d’éviter de présenter les « troubles mentaux » comme une dangerosité constante et omniprésente. En revanche, les cas de détresse psychologique méritent d’être pris au sérieux avec des moyens adaptés pour offrir un soutien efficace. Tout est une question de mesure !
Bizarreries du développement personnel
Beaucoup de femmes au profil de « coach de vie », dans le vaste et nébuleux milieu de la croissance personnelle, ont été financièrement soutenues par leurs conjoints ou leurs familles pour suivre des formations. Elles se présentent ensuite comme entrepreneures ou coaches en affaires et leadership émotionnel. On les idolâtre, on les invite à discourir, bien habillées, et elles répètent souvent les mêmes refrains : enfant intérieur, authenticité, charge mentale, changement de perception, neurofeedback, etc. Certains hommes, eux, se spécialisent dans des formations interminables pour impressionner ceux qui rêvent de charisme ou de raccourcis vers le génie.
On voit aussi à l’occasion des critiques qui visent à détruire professionnellement et financièrement, certains « coachs » qui ne font pas partie des favoris des « grands reporters », si objectifs et jamais contradictoires. Ainsi, la régulation permet aux « coachs de vie » de gagner leur vie, mais ce sont des psychanalystes et psys de cette approche dépassée – pas plus irréprochables avec leur pseudoscience – et des chroniqueurs aux conflits d’intérêts qui prétendent corriger les failles du système. Ils pratiquent un favoritisme purificateur, mettant en avant leurs amis « intellos ou pseudo-intellos », promouvant leurs entreprises et leurs livres. Bref, on écarte parfois des professionnels compétents pour privilégier des proches pas si savants, même essentiellement adeptes de la récupération chronique (pillage intellectuel et parasitisme commercial) pour beaucoup d’entre eux.
Qualifier de « coach de vie » tout exclu du cercle médiatique des favoris pour le discréditer, sous prétexte qu’il touche au développement personnel, est absurde, surtout quand des pistonnés glorifiés en sont eux-mêmes des mordus. Où trace-t-on la ligne entre celui ou celle qui ressemble ou non à un « coach de vie », qui possède des diplômes ou s’aventure dans ce domaine du développement personnel ? Trop souvent, ce sont des personnes peu intègres, soutenues par des gens avec du pouvoir, qui dictent leurs propres règles et discriminent à leur guise. C’est la grande messe et rien ne les arrête, le sournois gagne. Ils sont vicieux et belliqueux.
Carriéristes en effervescence
Ils sont singuliers, ces conférenciers à l’accent de druide – ou carrément druides diplômés en médecine – qui s’autoproclament supérieurs et s’approprient votre business et vos écrits pour diffuser un savoir emprunté, estimant, au regard de leurs valeurs soi-disant distinguées, que vous ne méritez ni renommée ni compte en banque, lesquels ne les concernent en rien. Délirants, docteurs – parfois criards et sans gants pour les plus narcissiques –, PhD en pseudoscience : tout y est !
Ils agissent, paraît-il, pour la bonne cause, une richesse teintée de conscience sociale, saupoudrée de célébrité sans ego, purement philanthropique. Vraiment ? On sait bien que c’est plutôt pour s’enrichir aux dépens d’autrui. La mesure disparaît, il faut se concentrer à les ignorer, car ils sont là pour protéger coûte que coûte leurs propres empires financiers.
Méfiance et psychose
Soyez vigilants lorsque vous choisissez un thérapeute ou un psychologue ! Certains charlatans ou narcissiques délirants qui prétendent être aptes à intervenir en santé mentale, sans formation adéquate, sévissent dans ce milieu. Des psys aux approches dépassées, titulaires d’un titre obtenu il y a longtemps – avant de meilleures pratiques et découvertes scientifiques mises de l’avant –, ne sont plus qualifiés pour se dire experts en schizophrénie par exemple, malgré leur bonne volonté ou leurs illusions. Ceux qui ne jurent que par la psychanalyse se livrent à une fausse représentation en laissant entendre qu’ils sont la référence ultime en santé mentale ou en soins psychologiques.
La psychanalyse ne guérit pas la schizophrénie dans un bureau privé et la psychose n’est ni un « morcellement magnifique » ni une quelconque fantaisie du « moi », qu’elle soit biologique ou symptomatique d’une consommation de substances psychoactives. Cessons de vendre au peuple du délire pseudo-poétique pour promouvoir des services pistonnés. Il n’y a pas d’opposition entre humanités et sciences ; présenter les choses ainsi est hasardeux. Tout ne se soigne pas par la médecine pure, mais qualifier une manifestation biologique de « maladie de l’âme » à traiter par des pirouettes psychanalytiques est une fabulation. Les citoyens méritent mieux.
On ne fait pas semblant jusqu’à y parvenir
Il est tout à fait possible de travailler dur, d’accepter les imperfections temporaires et de progresser assez rapidement vers une maîtrise affinée — non pas parfaite, mais tendant vers l’excellence. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester à la traîne : revisiter le passé est souvent nécessaire pour mieux avancer.
Les narcissiques pullulent, et le système permet à certains de jouer les moralisateurs vedettes malgré leur étroitesse d’esprit et leur ignorance sur des points essentiels. Les gens ne sont pas des moutons destinés à être soumis aux plus manipulateurs, qui s’enrichissent en se parant d’airs de saints innocents.
En 2025, il est navrant de voir des « psys » se référer à Lacan ou Mélanie Klein, se proclamant la crème de la crème, tout en étant incapables de distinguer psychothérapie et psychanalyse. Les thérapies brèves orientées vers la solution, la TCC et la pleine conscience sont des approches reconnues pour leur efficacité : elles portent leurs fruits. L’élitisme délirant des adeptes de la psychanalyse ne rend pas service aux personnes en quête d’un soutien compétent. Aussi, les praticiens compétents en matière de soins psychologiques et santé intégrative sont plus nombreux qu’on ne veuille bien nous laisser le croire, et leurs approches ne méritent pas d’être rejetées par simple mauvaise foi ou arrogance.
Les mégalomanes en furie
On observe, dans certains milieux francophones, une propension à reproduire des philosophies d’entreprise ou des modèles d’affaires existants par des pratiques de parasitisme commercial et de plagiat intellectuel. Ces individus parés de titres sont parfois dénués de réelle légitimité (compétences manquantes) et se positionnent malhonnêtement comme des figures supérieures, à l’image de colonisateurs pillant la culture et les richesses pour protéger les colonisés d’eux-mêmes en les éduquant.
Pour eux, le pillage intellectuel n’est pas qu’une méthode : c’est une nécessité, voire une obligation morale, dictée par une mauvaise foi assumée. Ils s’approprient tout ce qui a de la valeur. Ces acteurs, entourés de complices qui, évidemment, disposent eux aussi de titres qui aident à légitimer leurs associés, prétendent « assainir » le milieu ou « recadrer » leurs pairs avec des compétences minimes, tout en se présentant comme des pionniers révolutionnaires. En réalité, ils ne sont que des commerçants incapables d’innovation, qui copient ce qui existe déjà tout en s’attribuant indûment le mérite d’une approche novatrice.
Laisser le peuple sous l’influence d’individus faisant des affaires de façon plus que douteuse, animés par le désir de piller et de nourrir leur mégalomanie en s’enrichissant, serait une terrible erreur.
Le développement personnel, c’est du développement personnel ; l’aura de prétentieux qui ont baigné dans la psychanalyse n’en fera pas une discipline nouvelle. Il y a en revanche un risque d’emprise psychologique qu’il ne faut pas prendre à la légère lorsque Freud et le New Age s’y mêlent. Si les leaders de ces initiatives sont tordus, titres ou pas, il faut s’attendre à de sérieux risques de sectarisme prenant le visage d’un communautarisme engagé, avec toute la violence sournoise et les stratagèmes honteux qui accompagnent une telle mentalité.
À propos de moi
Avec plus de huit milliards d’habitants sur notre planète, voir des individus belliqueux s’obstiner à exploiter une personne brillante en particulier, tout en la dénigrant avec acharnement, relève d’un narcissisme toxique dévastateur, d’un classisme risible et d’une pure bêtise. Ce qui les motive, c’est l’argent, l’envie et un ego blessé, et non un quelconque idéal de conscience sociale ou de partage des savoirs.
Ce ne sont pas des Robins des Bois : ils abusent pour s’enrichir sauvagement, comme de bons capitalistes sans principes. Bonne chance à ceux qui les subissent.
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