Santé mentale et développement personnel, conflits d’intérêts et légitimité – Par l’essayiste Hella Ahmed, 05/05/2024 © Tous droits réservés


Hypocrisies et inégalités des chances

(Par Hella Ahmed) Psychiatrie aliénante, tant sur le plan mental que physique, développement personnel qui remet en question votre spontanéité, psychologie teintée de pseudoscience qui vous accable de freudisme : le milieu de la santé mentale n’a jamais été vraiment propre. Parmi ceux qui se proclament justiciers de ce domaine, certains ne sont en réalité que des tyrans carriéristes protégés par un ordre professionnel. C’est l’hypocrisie mondaine, le lieu de tous les tristes possibles.

Et pourtant, sans l’espoir d’un bon soin ou d’un soutien réel, dans le respect, vivre avec une détresse psychologique peut devenir un voyage laborieux et solitaire, dans un tunnel noir presque interminable. Heureusement, il existe beaucoup de gens bien, mais personne n’est parfait. Il reste donc essentiel de cultiver la prudence et de ne pas qualifier toute méfiance de résistance, au risque de dénigrer la liberté de pensée et le besoin d’indépendance.

Historicité et progrès

Il y a vingt ou vingt-cinq ans, une vague de diagnostics excessifs a dramatisé ce que l’humain pouvait vivre sur le plan émotionnel, sentimental, et surtout en lien avec le stress d’une vie difficile ou d’épreuves majeures. Cela a instauré, en partie, une forme de supercherie ou d’hypocrisie. On a vu des gens, investis d’un certain pouvoir, étant du « bon côté » du savoir, décréter des maladies mentales chez d’autres qui ne différaient pas tant d’eux, partageant souvent des traits de personnalité similaires.

Cela a aussi profité à « Big Pharma ». Tant de participants ont été recrutés à leur insu pour des études, certains se sentant plus tard comme des rats de laboratoire dont on avait réquisitionné l’existence. Les effets secondaires de médications, parfois inutiles, ont mis des années à s’estomper pour les plus malchanceux. Des recours collectifs ont émergé, portés par des personnes ayant souffert de ces écarts, perdant un temps irremplaçable à tenter de surmonter l’abus pour revivre pleinement.

Les dérapages d’un ordre plutôt « médical » ont été nombreux par le passé, et rien n’indique qu’ils soient sur le point de cesser. La vulgarisation est cruciale pour l’« empowerment », mais il est nécessaire d’éviter de présenter les « troubles mentaux » comme une dangerosité constante et omniprésente. En revanche, les cas de détresse psychologique méritent d’être pris au sérieux avec des moyens adaptés pour offrir un soutien efficace. Tout est une question de mesure !

Bizarreries du développement personnel

Beaucoup de femmes au profil de « coach de vie », dans le vaste et nébuleux milieu de la croissance personnelle, ont été financièrement soutenues par leurs conjoints ou leurs familles pour suivre des formations. Elles se présentent ensuite comme entrepreneures ou coaches en affaires et leadership émotionnel. On les idolâtre, on les invite à discourir, bien habillées, et elles répètent souvent les mêmes refrains : enfant intérieur, authenticité, charge mentale, changement de perception, neurofeedback, etc. Certains hommes, eux, se spécialisent dans des formations interminables pour impressionner ceux qui rêvent de charisme ou de raccourcis vers le génie.

Pourtant, des articles surgissent parfois pour critiquer, voire assassiner professionnellement et financièrement, certains « coachs » qui ne font pas partie des favoris des grands reporters, si objectifs et jamais contradictoires. Ainsi, la régulation permet à ces « coachs de vie » de gagner leur vie, mais ce sont des psychanalystes – pas plus irréprochables avec leur pseudoscience – et des chroniqueurs aux conflits d’intérêts qui prétendent corriger les failles du système. Ils pratiquent un favoritisme purificateur, mettant en avant leurs amis « intellos », promouvant leurs entreprises et leurs livres. Bref, on écarte des compétents pour privilégier des proches pas si savants, souvent adeptes d’une récupération chronique.

Qualifier de « coach de vie » tout exclu du cercle médiatique favori pour le discréditer, sous prétexte qu’il touche au développement personnel, est absurde, surtout quand des pseudo-intellos glorifiés en sont eux-mêmes mordus. Où tracer la ligne entre celui ou celle qui ressemble ou non à un « coach de vie », qui possède des diplômes ou s’aventure dans ce domaine ? Trop souvent, ce sont des personnes peu intègres, soutenues par des puissants, qui dictent leurs propres règles et discriminent à leur guise. C’est la grande messe.

Carriéristes en effervescence

Ils sont singuliers, ces conférenciers à l’accent de druide – ou carrément druides diplômés en médecine – qui s’autoproclament supérieurs et s’approprient vos écrits pour diffuser un savoir qu’ils vous ont emprunté sans vous citer, estimant que vous ne le méritez pas selon leurs valeurs soi-disant distinguées. Délirants, pseudo-intellos, docteurs – parfois criards et sans gants pour les plus narcissiques –, PhD en pseudoscience : tout y est !

Ils agissent, paraît-il, pour la bonne cause, une richesse teintée de conscience sociale, saupoudrée de célébrité sans ego, purement philanthropique. Vraiment ? On sait bien que c’est plutôt pour s’enrichir aux dépens d’autrui, en jouant des coudes de manière parasitaire, tout en tentant de séduire le Québec – cet Eldorado francophone qui, selon eux, mériterait mieux que ses habitants, pourtant si dévoués à leur pays.

La mesure disparaît. Des misogynes, ou parfois des femmes en quête de « culpabilisation sociale » – mères autoproclamées supérieures par leurs sacrifices quasi sanctifiants –, se permettent de transgresser les limites pour contrôler, profiter et ricaner. Elles déploient une éloquence parsemée de mots-clés destinés à irriter et provoquer. C’est de la perversion.

Méfiance et psychose

Soyez méfiants lorsque vous choisissez un thérapeute ou un psychologue ! Certains charlatans ou narcissiques délirants, prétendant être aptes à intervenir en santé mentale sans formation adéquate, sévissent dans ce milieu.

Des psychologues aux approches dépassées, titulaires d’un titre obtenu il y a longtemps – avant les nouvelles normes encadrant les meilleures pratiques et les découvertes scientifiques –, ne sont plus qualifiés pour traiter des patients, par exemple atteints de schizophrénie, malgré leur bonne volonté ou leurs illusions. Ceux qui ne jurent que par la psychanalyse, une pseudoscience, se livrent à une fausse représentation en laissant entendre – ou en affirmant poétiquement – qu’ils maîtrisent le suivi clinique de tels cas. La psychanalyse ne guérit pas la schizophrenie dans un bureau privé.

On ne fait pas semblant jusqu’à y parvenir

La psychose n’est ni un « morcellement magnifique » ni une quelconque fantaisie du « moi », même hors de l’influence de substances psychoactives. Cessons de vendre au peuple de la pseudo-poésie pour promouvoir des services désuets, inutiles, voire dangereux ! Il n’y a pas d’opposition entre humanités et sciences ; présenter les choses ainsi est hasardeux. Tout ne se soigne pas par la médecine pure, mais qualifier une manifestation biologique de « maladie de l’âme » à traiter par des pirouettes psychanalytiques est pitoyable. Les citoyens méritent mieux. Ne vous laissez pas duper : c’est assez grave !

Il est possible de travailler dur pour apprendre, accepter les imperfections temporaires et progresser rapidement vers un savoir-faire perfectionné – non pas parfait, mais tendant vers l’excellence. Nous ne pouvons rester en retard : revisiter le passé pour mieux avancer est essentiel. Bien sûr, une pause est envisageable, si nous le souhaitons et en avons les moyens.

En 2025, il est triste de voir des « guérisseurs de l’âme » se référer à Lacan ou Mélanie Klein, se prétendant la crème de la crème, incapables de distinguer psychothérapie et psychanalyse. Les thérapies brèves, comme la TCC ou d’autres méthodes reconnues efficaces, portent leurs fruits. L’élitisme délirant des adeptes de la psychanalyse ne bénéficie pas aux citoyens en quête de soutien compétent. Les narcissiques toxiques pullulent partout, et le système laisse certains jouer les moralisateurs vedettes, malgré leur étroitesse d’esprit et leur ignorance sur des points cruciaux. Les gens ne sont pas des moutons à soumettre aux plus contrôlants, qui s’enrichissent sous des airs de saints innocents.

Les mégalomanes en furie

Je souhaite notamment exposer dans ce texte le comportement de personnes douteuses et malhonnêtes, dont les agissements trahissent une duplicité manifeste. On observe, particulièrement dans certains milieux francophones, une propension à reproduire des philosophies d’entreprise ou des modèles d’affaires existants par des pratiques de parasitisme commercial et de plagiat intellectuel.

 Ces individus, souvent parés de titres pompeux mais dénués de réelle légitimité (compétences manquantes), s’approprient ces concepts pour se positionner avec arrogance comme des figures supérieures, à l’image de colonisateurs autoproclamés pillant la culture et les richesses d’un territoire convoité. Pour eux, le pillage, notamment intellectuel, n’est pas qu’une méthode : c’est une nécessité, voire une obligation morale, dictée par un narcissisme toxique et une mauvaise foi assumée. Ces acteurs, entourés de complices avec des titres qui les légitiment un peu plus, prétendent « assainir » un milieu ou « recadrer » leurs pairs, tout en se présentant comme des pionniers révolutionnaires. En réalité, ils ne sont que de piètres commerçants, incapables d’innovation, se contentant de copier ce qui existe déjà tout en s’attribuant indûment le mérite d’une approche novatrice. 

Laisser des jeunes sous l’influence de tels individus faisant des affaires de façon douteuse, aux egos démesurés, animés par le désir de plagier, de piller et de nourrir leur mégalomanie tout en s’enrichissant, serait une grave erreur. Le développement personnel, c’est du développement personnel ; l’aura de pompeux qui ont baigné dans la psychanalyse n’en fera pas une discipline nouvelle. Il y a par contre le risque d’emprise psychologique qu’il ne faut pas prendre à la légère lorsque Freud et le New Age s’y mêlent. Si les leaders des initiatives sont des gens tordus, titres ou pas, il faut s’attendre à de sérieux risques de sectarisme prenant le visage d’un communautarisme engagé avec toute la violence sournoise et les stratagèmes honteux et bas-niveau qui viennent avec cette mentalité toxique.

À propos de moi

Sur huit milliards d’habitants, voir des belliqueux s’obstiner à exploiter une personne brillante, tout en feignant de l’ignorer, relève du narcissisme toxique dévastateur, du classisme et de la bêtise toute simple. Envie et ego blessé les motivent, non pas un idéal de conscience sociale ou de partage des savoirs. Ce ne sont pas des Robins des Bois : ils abusent, point final. Bonne chance à les subir.

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