Le théâtre poussiéreux – Histoire courte par l’écrivaine et poète Hella Ahmed, 11/10/2026 © Tous droits réservés

Pseudo-missionnaire de la volonté du bien

(Par Hella Ahmed) On m’a affichée plus d’une fois pour mes manœuvres malsaines et frauduleuses : mes plagiats, ma malhonnêteté flagrante, et surtout cette fixation pathologique envers une écrivaine douée que je tente de faire passer pour une initiative humaine ou une intervention hautement spécialisée, difficile à comprendre ou à décourager. Alors qu’il ne s’agit que de ma propension invétérée à débiter des bêtises encore et encore pour me faire remarquer. Je n’ai d’autre choix que de nier mon incivilité en rejouant encore une fois la carte du déni et de l’arrogance vertueuse sur fond de naïveté.

À présent mon profil est plus qu’évident et, si je reste encore campée sur mes positions absurdes, c’est parce que beaucoup de gens aussi envieux de ma victime que moi m’ont soutenue dans mon interminable supercherie. D’une certaine façon, si je tombe, tous ces profiteurs qui tentent de faire passer mes perversions pour de la sensibilité tombent un peu aussi. Un peu seulement, car je ne suis pas leur seul projet dans la vie, alors que ma victime fut le mien, unique et centrale, depuis maintenant cinq ans déjà. Je sais que je me suis déjà cassé la gueule dans cette sale histoire qui n’en finit plus, mais je suis une mafieuse, alors je vais persister à faire passer mes agressions pour des manœuvres thérapeutiques.

Il n’y a qu’en psychanalyse que l’on entend ce genre de discours abasourdissant. Je m’immisce, je vole et je saccage comme une psychopathe, et je raconte que les réactions de non-amour que je récolte du côté de ma cible sont des émotions bloquées qui s’expriment enfin, et que je suis assez solide en tant que thérapeute et grande âme pour y faire face. Je parle aussi, évidemment, de résistances à mon pseudo-traitement délirant, concept bateau redondant qui illustre mon état instable.

Je radote. Je tente de camoufler coûte que coûte mes bêtises. Je suis une fraudeuse publique sous la sellette : j’ai voulu abuser et me voilà dénoncée pour exactement ce que je me suis acharnée à faire année après année, malgré l’opposition claire et les demandes répétées de cesser de transgresser contre la vraie écrivaine sur laquelle je m’obsède comme une dangereuse folle à lier. J’ai persisté dans mon insanité avec fermeté. Je me suis également inventée spécialiste des pleurs récemment ; bientôt je vais rentrer chez les gens pour leur dire quand et comment ils ont le droit de pleurer — fort, un peu, beaucoup, silencieusement ou par sanglots — et ce que cela révèle sur eux.

Bref, je vais déblatérer et faire passer cela pour du pertinent à raconter à la radio en échange d’un chèque généreux, pour épater le peuple avec mon ton pompeux et mes simagrées de tête enflée qui croit que la guerre d’Algérie n’a jamais cessé et que c’est à sa lignée de contrôler les cerveaux qui osent s’exprimer et dépasser, par leur sérieuse éloquence, leur réelle intelligence et leur fabuleuse créativité, sa petitesse d’esprit de pauvre femme en manque de reconnaissance, blessée dans son ego de narcissique toxique en admiration face à son propre miroir très parlant.

Vous voyez, je sais qui je suis : une perverse qui ne lâche pas le morceau, sachant très bien que la compétition a été depuis longtemps perdue pour moi. Je me suis inventé une compétition contre une adversaire de taille, et je l’ai voulue déloyale, j’ai cru avec conviction pouvoir gagner en trichant, en manipulant les gens et en divaguant une pseudo-poésie d’un ennui qui tue. Je l’espionne sans arrêt, oui, et je jubile à faire savoir que je le fais, comme une sociopathe en liberté qui pervertit les gens en les convainquant que c’est pour rendre justice à l’esprit de communauté que je suis si obsédée.

Elle a parlé de souvenirs, en lieu clos ; bien entendu j’y ai fait allusion sur mes réseaux. Et comme elle mange des madeleines le matin, j’ai craché mon poison en racontant que ma poésie m’avait fait remarquer une plaque d’immatriculation avec « Proust » écrit dessus — vous souvenez-vous des madeleines de ce dernier ? « Je me souviens », voilà comment mon esprit pollué et polluant fonctionne : je fais des liens de mémère qui s’infiltre et jacasse. Je dois m’occuper avec les affaires des autres, et ma raison de vivre majeure se résume à faire comme si je remettais à l’ordre, par bonté de cœur, une personne qui ne mérite pas d’avoir le droit de penser intelligemment, d’être brillante et de gagner sa vie grâce à ses compétences et à ses talents. C’est ma maladie incurable.

Je suis si envieuse. Je me veux tortionnaire déguisée en missionnaire de la volonté du bien, même si c’est une mission ratée, car je me fracasse contre le mur du ridicule qui ne tue pas, à répétition. Elles ont tout fait pour m’aider, mes partenaires dans l’obsession et la haine de la femme, cette femme. Nous avons pris un thé aux perles durant l’été avec mon amie défigurée par la chirurgie esthétique (trop de botoxet de fillers depuis bien des années déjà), afin d’organiser en secret nos méfaits contre cette personne saine d’esprit, contrairement à nous deux. Mais nos plans ont, envers et contre tout, échoué.

Je continue donc de me pointer à la radio pour faire spectacle de mon déni et ne reprendre systématiquement que les mots que je considère comme étant choquants me concernant, pour m’en dédouaner auprès de ma copine qui me jette des fleurs en ondes alors que je mérite des tomates pourries. Bien entendu, je fais comme si je n’avais pas entendu parler de mes fraudes intellectuelles et ma contrefaçon commerciale, de mon sacré vice à utiliser, retourner et tenter d’abîmer les productions littéraires de ma victime en les dénaturant, pour lui interdire de réussir dans son art et professionnellement, comme si j’avais un droit de regard sur sa vie personnelle qui ne me concerne aucunement au fond. J’abuse par jalousie et c’est flagrant comme intention.

Je ne m’exprime évidemment pas non plus au sujet de la fixation pathologique qui me caractérise, car c’est ce qui justifie mon existence publique finalement, et je ne peux vivre autrement qu’à travers ma grave maladie mentale qui semble me définir au bout du compte, alors que je me fais passer pour une soignante douée d’une grande sensibilité et d’une attention aux détails qui lui donne le droit de se positionner comme une guide sans remise en question nécessaire, ni venant de soi, ni des collègues ou du public qui doit subir tout ce lugubre brouhaha. Mon intrusion et mon comportement obsessionnel ne seraient que l’expression de mon grand talent d’observation.

Ma vie est un théâtre poussiéreux, le virtuel et le réel reviennent au même dans mon cas, et je ne ressens aucune honte à jouer mon personnage égocentrique qui répète la même rengaine foireuse et dépassée. Car le fond du problème — problème pour les autres qui subissent mon incohérence et mes perversions, nullement pour moi bien entendu — c’est ma violence sournoise, ma recherche insatiable du profit par tous les moyens possibles et imaginables, et, disons-le clairement, ma psychopathie confortée par des complices sans scrupules. Nous faisons notre pécule avec mégalomanie et nous ricanons bêtement en chœur. Rien d’autre ne compte vraiment.

Lire : Ces voix humaines qui ne cherchent pas les problèmes (Le chapeau de la spiritualité). 05 Octobre 2026, Hella Ahmed.

Lire : Qui boit l’encre toxique (Parler de réparer quand on aime saccager), 05 Octobre 2026, Hella Ahmed. 

Lire : La main tordue (Confession d’une Copycat Stalker), 25 Août 2026, Hella Ahmed.

Lire : Je t’écris du ventre de la connerie (Une sale histoire qui n’en finit plus), 13 Juillet 2026, Hella Ahmed.

Lire : L’ombre qui se nourrit de la lumière (La sangsue déguisée en victime), 01 Décembre 2025, Hella Ahmed.

Lire : Honorables divagations par un dimanche ordinaire! (Récit parodique (quasi-véridique), 16 Novembre 2024, Hella Ahmed.

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