
Le chapeau de la spiritualité
(Par Hella Ahmed) Vous ai-je déjà dit que j’avais une maison ? Bien entendu que oui, mais venant d’un patelin profond de là-bas, vous devinerez où, ma foi, je vais me vanter d’avoir tout cela à l’Eldorado qui n’est pas accessible à tous et où je fais même la loi, alors que, comme vous le savez déjà, je suis une clocharde littéraire qui scrute les créations originales et authentiques d’une vraie écrivaine et poétesse pour publier des chroniques boiteuses qui parlent de rassembler l’humanité et de s’ouvrir à l’autre. Je ne sais même pas qui je suis, lorsqu’il s’agit de créativité, à part une fouineuse profiteuse, et je m’imagine carrément avec tous les honneurs et une carrière en politique près de mon mari, de plus. Pourtant, je reste une fraudeuse publique qui s’esquive quelque temps puis rapplique pour répéter les mêmes erreurs en écriture.
C’est toute une démonstration de la corruption que j’encourage et dont j’use pour faire mon pécule et continuer, envers et contre tout, à essayer d’usurper l’identité de la personne sur laquelle je fais une fixation pathologique, afin d’exister en tant qu’autrice sans connaissances réellement précieuses ni poésie, vu que j’ai l’obsession de voler les idées et l’essence d’une autre, une personne qui me trouve collante et agressante. Oui, dégoûtante, c’est normal : ce que je fais est anormal. S’agglutiner de force durant des années, copier, narguer et essayer de convaincre qu’une intimité non désirée que je force serait salvatrice pour tous : la victime, la population et quand même un peu moi, étant donné que je m’implique dans mes missions vicieuses avec cœur et que ma réussite dans ces projets me rendrait si fière.
C’est comme dire que quelqu’un qui se mettrait en relation avec vous sans vous demander votre avis pour ensuite transgresser vos limites, même vous violer vous et votre art à répétition pour finir par vous expliquer que l’intimité profonde ainsi que le vivre-ensemble dans un couple exigent cela. Le consentement serait à sens unique, dans ce genre de scénarios sordides, comme en business profitable à sens unique.
J’ai déboulé la pente de mon patelin de rêve en me mordant les lèvres. Le dernier texte que j’ai lu de cette grande écrivaine que je pille était magique ; après quelques semaines de silence, je suis à nouveau en transe, revendiquant le plagiat légitime pour aspirer et publier, en faisant comme si c’était normal. J’ai recommencé à délirer : je raconte que la politique, c’est comme chanter, et qu’il est normal de vampiriser le travail d’une personne qui ne mériterait pas d’avoir son nom sur ses propres magnifiques productions littéraires, car cela doit être le privilège d’une personne réputée de vivre la reconnaissance de son talent. Et même si la réputation se construit pour certaines, comme dans mon cas, telle une illusion fondée sur un plan organisé mêlant rivalité féminine malsaine tendant vers l’insanité (soi-disant camouflée sous la couverture des bonnes intentions féministes), de l’envie et de la recherche de profit grâce à des alliances aux conflits d’intérêts flagrants, elle reste méritante d’une consécration que le réel lui-même ne mériterait pas.
L’illusion doit gagner, car elle me glorifie et me donne le droit de massacrer les droits de meilleure que moi. Pourquoi plagier si j’étais capable par moi-même et sainement inspirée par l’univers en entier plutôt qu’obnubilée par une source unique avec une marque littéraire faite de singularité?
Bref, le mot clé, c’est l’argent ; l’adjectif principal, c’est « sale ». Comme dans « argent sale », car obtenu par la manigance, la violence sournoise, le vol de propriété intellectuelle, la fausse représentation et l’obsession agressante. Je ne vous dirai même pas si je suis de gauche ou de droite : cela revient au même. Quand notre objectif est le profit par des moyens tordus, nous devons faire croire à la communauté que nous voulons son bien et que nos manœuvres aux torts apparents sont une sorte de sacrifice nécessaire pour le bien de l’ensemble. Même si, effectivement, il y a derrière la recherche de renommée et de contrats payants pour soi, payés par la communauté que l’on dit vouloir sauver en s’appropriant les réussites d’autrui, en se servant avec acharnement de sa propriété.
Et puis, n’oublions pas que, lorsque ça joue sale comme cela, on cherche la visibilité en s’associant de force pour profiter et crier à l’incohérence dans une perspective globale quand la cible de cette incivilité rappelle son indépendance et son rejet de la bêtise de l’ingérence par intérêt, du mépris voué à être réciproqué et de l’envie à sens unique. Mon profil est très facile à identifier pour les psychologues, les politiciens et les analystes.
Ce que je viens de vous décrire comme tactiques est très perceptible dans mes comportements et mes petits baratins tournés en prêches pour l’entraide et la santé. Je fais mon argent et je compte bien en faire plus, continuer à me cacher dans mon « bunker du déni » et oser plagier pour jouer à l’illuminée transportée par l’ivresse de la vie comme une gagnante qui ne craint nullement les conséquences de son empiètement répété sur la propriété intellectuelle d’une autre écrivaine, car je suis la respectée qui obtiendra beaucoup de contrats pour éduquer les natifs et les immigrants avec sa psychanalyse quasi-inutile pour le pragmatique et le concret. On parlera dans mon clan de connecter profondément, pour tergiverser et camoufler l’incapacité qui se terre au fond de la vérité mise de côté pour faire des affaires. Nous allons continuer à nous infiltrer avec nos vues dépassées et cette hypocrisie lassante qui nous mène à piller en se regardant droit dans le miroir. Nous, qui voulons civiliser les plus malins pour faire croître nos fortunes.
Dans mon miroir, je vois une fraudeuse publique, et comme, là où je suis, le plagiat n’est puni que lorsque le feu vient d’ailleurs mais pas d’où je suis, je vais continuer à m’immiscer, copier, saccager et narguer. D’ailleurs, je me promène avec une tuque mauve sur la tête comme si je faisais partie des voix humaines qui ne cherchent pas les problèmes, alors que je suis la spécialiste du belliqueux, du destructeur de moral, du nerveux injecté en douce. Le mauve et le violet sont les symboles universels de la spiritualité, donc je les affiche sur moi pour conforter mon personnage contradictoire. Il y a le faire et le paraître : moi, j’exhibe le mal que je fais et je le couvre en même temps par un chapeau tout en affichant un sourire carnassier pendant que je regarde dans le vide, car les gens avertis et intelligents constatent le reflet de mes méfaits dans mon regard moins pétillant que lorsque je croyais être en train de tuer à petit feu ma victime, par coup de poison une ou deux fois par semaine, sans aucun problème.
Moi, je ne cherche que l’argent et les problèmes : les problèmes pour l’argent, l’argent grâce aux problèmes et les problèmes à cause de cet argent. Mon cycle est désolant, mais le pire, c’est ma personnalité « plate ». Tant que je m’enrichis, c’est tout ce qui compte ; il y aura toujours de mon côté assez d’envieux des gens sérieusement merveilleux pour m’encourager à continuer à abuser. Vous voyez, dernièrement, ils ont rompu le contrat d’un faux auteur devenu aux yeux du public et des médias grand littéraire. Il prenait le meilleur chez autrui avant de le livrer au monde entier en son nom. Moi, j’ai fait pire : ma méthode relevait de la psychopathie. Il a été suspendu en tant que chroniqueur, mais quant à moi, je continue à publier comme si rien ne se savait, car je suis liée à des politiciens louches et que nous sommes une clique qui se joue de la crédulité du public comme elle s’obstine à manœuvrer par des moyens ridicules au nom de l’entrepreneuriat sauvage tourné en initiatives humaines et nullement intéressées.
Non, je ne suis pas normale. On me dit d’arrêter et je continue de transgresser, je persiste à penser que je contrôle bien et de droit la situation, car je serais l’autorité. Les fraudeurs sont-ils normaux ? Non, et l’on ne fraude pas non plus par bonté de cœur, pour rassembler la société par la violence sournoise et l’affront à l’encontre de l’artiste qui crée par soi, pas pour que l’on l’enlaidisse en se mêlant de force à lui, par incompétence et avidité.
Je rajoute toujours dans mes pitchs de vente de services que je rentre en relation dans mon cabinet en pleurant beaucoup, en touchant, en me liant d’amitié comme le faisait Freud avec ses souffre-douleur, alors que c’est totalement non déontologique. Mais encore une fois, il s’agit de moi, et la légende fabriquée par moi et mon cercle raconte que je n’en manque pas de cette sagesse implacable qui qualifie pour l’auto-jugement quant à dépasser le cadre clinique ou pas lorsqu’il est question de sa relation avec ses clients dans le cadre de soins psychologiques encadrés par une association qui octroie un titre.
À présent, je dois aller beugler ; oui, je ne sais pas chanter, mais je vais y aller pour pouvoir plus tard en parler. Il est difficile pour moi de créer : si mon écrivaine préférée parle de « chœur », je dois parler de « chorale » et même m’y inscrire pour pouvoir y faire référence ; si elle mentionne une marche mélancolique dans les rues, je dois parler de la béatitude de me promener près de ma belle maison dans des bois enchantés. Si elle élabore au sujet de l’amour romantique à trouver et expérimenter, je dois répéter que j’ai un mari parfait qui m’a tout donné etc. Je suis accro à cette manie de scruter, tout retourner, avaler et saloper. Je ne suis pas normale, c’est évident, mais venez quand-même me rémunérer à mon charmant bureau bien décoré : il est clair que je vous soignerai. Et vous ai-je déjà dit que j’avais une maison ? Oui, certainement que j’en ai une bien belle et spacieuse où il fait bon vivre dans le bonheur et la joie depuis si longtemps déjà.
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