Ceux qui s’approprient les réussites d’autrui et les plagiaires sont-ils les mêmes qui vous « taxaient » à l’école ? – Par l’auteure et essayiste Hella Ahmed, 31/08/2026 © Tous droits réservés

Quand les mécanismes de domination changent de forme

(Par Hella Ahmed) Oui et non, bien entendu.
.Je vais approfondir cette question en expliquant, tout d’abord, que la personnalité n’est jamais véritablement figée — sauf à évoluer dans un environnement totalement fermé, hermétique et, par conséquent, sclérosé. Dans un tel milieu, la stagnation naît de barrières intellectuelles solides et infranchissablesm, car rien ne vient plus influencer ni infléchir ceuxy qui participent aux stratégies du clan.

C’est précisément dans ces contextes figés que certains schémas de domination peuvent se perpétuer d’une génération à l’autre, ou d’un milieu à un autre.

L’intimidé qui devient bully

Vous savez, cette fameuse théorie de l’identification à l’agresseur — selon laquelle la victime, pour maîtriser son angoisse, en viendrait à adopter les comportements de celui qui l’a agressée — ne tient pas vraiment la route. Combien de personnes, en effet, ont choisi d’adopter précisément l’opposé des comportements de ceux qui les avaient agressés — qu’il s’agisse de leurs propres parents, de membres de leur entourage proche, de parfaits étrangers ou, hélas, de camarades de classe ou jeunes fréquentant le même établissement scolaire ? Croire que la victime devient forcément, un jour, l’agresseur à son tour relève d’une conception trop déterministe et largement simplificatrice.

Maintenant, lorsque la personne agressée se défend pour préserver son intégrité physique et psychologique, il s’agit de légitime défense, comparable à ce que l’on observe dans les sports de combat. On tente d’abord de parer les coups et, lorsque cela s’avère nécessaire et proportionné, on peut être amené à y répondre face à l’agresseur. Bien entendu, les contextes sont multiples, et un vaste domaine de codification et de réflexion encadre ce qui peut relever de dérapages ou de comportements dits protecteurs, mais jugés inadaptés, excessifs ou exagérés. Les formes de violence, nous le savons, sont elles aussi très diverses.

L’intimidé qui reste victime

Malheureusement, de nombreuses personnes exposées à une intimidation répétée et à des violences prolongées finissent par s’installer durablement dans ce rôle. Certaines en viennent à croire qu’elles ne méritent pas mieux, intériorisant parfois l’idée — souvent soufflée par l’extérieur — qu’il y aurait en elles quelque chose de mauvais qui attirerait le mal, et qu’elles seraient donc responsables de leur propre malheur. D’autres sombrent dans ce que l’on appelle l’impuissance acquise : elles se laissent vivre, abattues et exploitées, privées de cet élan vital qui leur permettrait de s’arracher à l’emprise de la violence, qu’elle soit psychologique ou physique.

Il convient également de revenir sur les situations de vulnérabilité qui exposent davantage certaines personnes au risque de maltraitance : la maladie mentale, les handicaps physiques, ou encore la vieillesse lorsqu’elle s’accompagne de précarité ou d’isolement social. Et, bien sûr, il y a la violence conjugale, qui se transforme souvent en un piège particulièrement difficile à fuir lorsque la victime se retrouve sans ressources financières, incapable d’envisager une sortie de secours et de survivre librement après l’abus, dans une société qui ne pardonne guère la pauvreté.

L’hypocrite qui se fait passer pour sauveur de l’humanité

Il existe pourtant un profil plus insidieux encore : celui qui se drape dans la vertu tout en pratiquant la prédation.

Vous connaissez sûrement — à distance, espérons-le, pour le bien de votre santé mentale et physique — ces personnes qui se présentent comme des âmes pures, ressassant de manière malaisante leur prétendu dévouement à de nobles causes. Or, à y regarder de près, leurs comportements révèlent clairement qu’elles ne respectent en rien les droits légitimes d’autrui et qu’elles se croient tout permis, précisément parce qu’elles s’estiment investies de la mission de mettre de l’ordre dans la vie des autres. En réalité, elles sont bien davantage habitées par une soif de contrôle et par une ambition sordide de s’enrichir par tous les moyens, y compris en s’appropriant les réussites d’autrui — un manque de respect sans égal.

Comme le dit fort justement le dicton anglais : « Don’t listen to what people say, watch what they do. » Un individu au comportement médiocre peut fort bien pondre un long texte plagié sur l’entraide sociale et encaisser le chèque à la place de celui ou celle qui l’aurait mérité, de la personne qui écrit avec intelligence et authenticité. S’attribuer le crédit du travail d’autrui, c’est du vol et de l’usurpation. On ne sauve personne en se comportant en égoïste qui recourt à des moyens frauduleux pour se mettre en valeur ; tout cela relève, au fond, d’un ridicule assez pathétique.

La confusion identitaire en apparence

Revenons un instant à cette histoire d’identification à l’agresseur, lorsqu’on a subi de l’intimidation dans l’enfance ou à l’adolescence, notamment dans un établissement scolaire. Il faut vraiment s’être convaincu soi-même, s’être longuement imprégné de ces vieux concepts psychanalytiques largement dépassés, pour en arriver, à l’âge adulte, à croire que c’est ainsi que l’on doit fonctionner et qu’il faudrait donc devenir soi-même agresseur ou agresseuse, un peu comme dans le cas de la « misogynie internalisée » chez les femmes par exemple.

Puis, conscient que cette posture est inacceptable en société, on se met à se faire passer pour le contraire, à prêcher la bonne parole, tout en restant secrètement fidèle à cette identité d’agresseur désormais intégrée et soigneusement camouflée. Pourtant, les comportements finissent toujours par trahir. Le discours apparaît paradoxal de façon flagrante : ces attitudes belliqueuses envers d’autres adultes contredisent ouvertement les propos mielleux sur les bonnes valeurs et les leçons de morale dispensées à propos de la solidarité sociale, de l’argent ou de la vie en général.

Les pervers narcissiques

Les pervers narcissiques fonctionnent de manière assez semblable à ces êtres quelque peu confus dans leur identité, sans que l’on doive pour autant présumer qu’ils aient tous subi des violences dans l’enfance, à l’adolescence ou à l’âge adulte, ni qu’ils soient tourmentés par quelque pseudoscience dépassée qui les pousserait à agir de façon étrange. Il faut savoir que ces personnes excellent dans l’art de la manipulation mentale, même si, tôt ou tard, elles se heurtent toutes à quelqu’un de nettement plus intelligent qu’elles, qui les laissera ensuite ramasser les morceaux brisés de leurs stratagèmes.

Leur marque de fabrique consiste à dire une chose et à faire précisément le contraire, le plus souvent pour manipuler et se tirer d’affaire. Leur religion, c’est l’égoïsme dissimulé derrière une façade ironique d’humanité ; leur obsession, la coercition émotionnelle et le profit au détriment d’autrui ; leur faiblesse fatale, un cruel manque de créativité et la tendance systématique à sous-estimer la personne brillante chez qui ils viennent puiser de la substance pour exister, tels des parasites.

Déboires et hypocrisies de l’âge adulte pour le profit

Fort heureusement, tous les jeunes ne savent pas ce que signifie le mot « taxer » dans un contexte scolaire : voler à un autre élève son lunch, son argent ou tout autre objet lui appartenant, sous la pression d’une autorité abusive exercée « juste comme ça ». Ils l’ignorent simplement parce que cela ne leur est jamais arrivé, et espérons qu’il en sera toujours ainsi. À l’âge adulte, dans le monde du travail, cet acte trouve son équivalent dans l’appropriation des réussites d’autrui, qu’elle se fasse de manière subtile ou ouvertement, sous le regard de tous, par une violence sournoise née d’un sentiment d’entitlement.

Le plagiat, l’association forcée destinée à profiter à l’agresseur à la place de celui ou celle dont on exploite le travail pour en bénéficier malhonnêtement : voilà le terrain de jeu des « bullies », qui peuvent se cacher autant qu’ils le veulent derrière des postures de signalement moral, du déni jumelé à une arrogance teintée de vertu. Il n’en demeure pas moins que s’acharner à vandaliser et à piller la propriété d’autrui pour encaisser et gagner en renommée n’a rien d’un sauvetage de l’humanité ; ce n’est qu’une supercherie. Se défendre reste un droit légitime, et une obligation envers soi-même et envers le monde des idées.

Lire Quel est le profil de ces gens qui s’approprient les réussites d’autrui ? Est-ce vraiment possible de les apprécier ? (Narcissisme, vol de crédit et illusion de grandeur). 08 Août 2026, Hella Ahmed. 

Lire : De l’intrusion déguisée en dialogue (Le droit au refus), 4 Août 2026, Hella Ahmed. 

Lire La ventouse entencieuse: Portrait d’un dépendant intellectuel (Le policier des mots d’autruI), 12 Février 2026, Hella Ahmed. 

Lire : La société de la contrefaçon : fraude Intellectuelle et fausse représentation (Vandaliser les textes d’autrui pour délirer l’originalité et la connaissance), 22 May 2026, Hella Ahmed. 

Lire : Des intrigues élitistes: une réalité tangible (Les vagues du « Buzz »), 27 Juillet 2025, Hella Ahmed. 

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Qu’est-ce que l’identification à l’agresseur ?

C’est un mécanisme de défense décrit en psychanalyse, principalement par deux auteurs qui en ont donné des versions assez différentes :

1. Sándor Ferenczi (1932-1933)
Chez les enfants victimes de traumatismes graves (abus sexuels, maltraitance physique ou émotionnelle sévère), l’enfant, dans un état de terreur et d’impuissance absolue, s’identifie à l’agresseur de façon quasi automatique. Il se soumet, « devient » ce que l’agresseur attend de lui, introjecte ses désirs et ses exigences pour survivre psychiquement. C’est une réaction de survie très archaïque et pathogène, qui peut entraîner une fragmentation du moi, une perte de subjectivité et, plus tard, des difficultés identitaires importantes.

2. Anna Freud (1936) – version la plus connue
Dans Le Moi et les mécanismes de défense, elle décrit un mécanisme plus « ordinaire » et moins destructeur. Face à une menace (critique, punition, agressivité redoutée), l’enfant (ou l’adulte) inverse les rôles : il passe de la position passive de menacé à la position active de menaçant. Il imite l’agresseur, reprend ses attitudes, ses gestes ou son agressivité. Cela lui permet de maîtriser l’angoisse. Anna Freud y voit un stade intermédiaire dans la formation du Surmoi.

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