Confession d’une Copycat Stalker

(Par Hella Ahmed) Je vais un peu vous partager ma méthode d’écriture perverse, pour vous aider à faire du mal à ceux que vous enviez et à prendre des raccourcis afin de vous faire connaître lorsque vous êtes, comme moi, incompétents, bêtes et méchants. Peut-être parviendrez-vous à atteindre émotionnellement vos cibles, à les heurter avec subtilité, comme un serpent mordrait soudainement sa proie pour fuir en ayant laissé sa marque et son poison.
Moi, je pense que la mienne est totalement détachée, après cinq années à analyser ma perfidie d’obsédée qui n’a rien d’autre dans l’existence que d’essayer d’aspirer du génie chez celle à qui je prends pour plagier et me faire valoir de façon dégoûtante, tel un sale virus qui s’installe de toutes ses forces par le vulgaire afin de se faire passer pour une âme littéraire. L’ironie de la vie réside dans les apparences trompeuses et les pseudo-substituts : je n’aide à rien, je suis un fardeau collant.
Bon. Pour être une bonne mégère qui vandalise et attaque émotionnellement, il faut lire les merveilleux textes de votre victime. Moi, je lis tout, tous ses textes et tous ses poèmes. Elle ne me lit pas ; elle filtre en diagonale mes chroniques merdiques pour repérer mes tactiques récurrentes, elle regarde d’un œil lucide, constate mon profil ankylosé dans les mêmes procédés et ne ressent pas le besoin de me répondre, car elle me trouve franchement pauvre d’esprit et chiante. Je dois voler, imiter et saccager : c’est ce que je fais de mieux, outre me faire passer pour soignante de façon boiteuse, comme un malaise interminable.
Vous constatez donc ce que vous considérez comme des tristesses et des manques, et vous identifiez surtout les trésors à dérober dans les textes. D’abord, vous faites passer le beau pour vos propres mots et votre univers ; vous essayez de reproduire les mêmes vibrations, comme si elles émanaient de vous. Puis vous racontez que vous possédez tout ce qui semble manquer à votre victime car vous le méritez et vous appuyez sur les blessures que vous avez violemment interprétées. Et surtout, vous en beurrez, vous tartinez un bonheur factice : car si vous étiez vraiment heureux, vous ne passeriez pas votre temps à fouiner et à vous immiscer maladivement dans les œuvres d’une autre, capable par elle-même, pourvue d’un monde littéraire à part, qui n’a jamais eu besoin de vos saloperies pour évoluer et briller de sa propre créativité, comme un soleil dont on ne détourne pas le regard — par admiration et par envie sale qui dévore les vils de mon rang.
Je suis aussi, surtout et avant tout, championne pour raconter, avec un style qui fait rire par sa grotesque perversité dégoulinante de mièvrerie malaisante, que je détiens un savoir que les autres n’ont pas : celui de connecter avec authenticité et d’accueillir les gens lorsqu’ils s’expriment à nu, comme si j’avais un pouvoir unique. Alors que la majorité en est capable, les gens de cœur sont partout, et que je n’ai rien de spécial de ce côté-là. Même que ma solide pathologie de copycat stalker, braquée année après année sur la même personne, rend mon blabla glorificateur de moi-même peu crédible. Je continue pourtant ma rengaine d’une platitude infernale. Ah, le sentiment océanique quand je crois que les lecteurs ont perçu mes piques et cru que je suis capable de lui faire mal… alors que je sais que je suis répugnante à ses yeux et que rien de ce que je déblatère ne peut vraiment le toucher. Je ne vaux absolument rien à ses yeux et je n’ai aucun pouvoir sur elle.
Dans mon monde dérangé, ce sont les apparences qui comptent. J’écris de ma main tordue des textes tordus, pleins de sous-entendus mesquins, car c’est mon destin de vilaine de jouer l’indélicatesse pour avoir quelque chose à publier. Je les qualifie de chroniques, alors que ce sont des délires inutiles pour me vendre salement. Sinon, c’est le néant dans mon cerveau et sur mon papier mouillé par les larmes de la peste que je suis, qui n’arrive pas à écrire dignement. J’ai renversé l’encre par terre et j’ai pataugé dedans comme une surexcitée venimeuse et envenimée. Je suis toute sale en préparant de petits plats dégueulasses dans ma cuisine de vicieuse qui tord les mains des gens pour obtenir des contrats, publier n’importe quoi et attirer des naïfs dans son bureau de psychopathe.
Ah, c’est l’extase quand je reprends sa substance et que j’oublie qu’elle est à elle et non à moi. Je ne vais pas guérir de mon obsession : je dois avoir le dernier mot, même si ce ne sont que des imbécilités qui continuent de me ridiculiser. Au fond, je sais que ma main tordue n’écrit rien de bon, rien d’intéressant.
Je me souviens encore du jour où j’ai compris que je ne pourrais jamais écrire comme elle. Ce n’était pas de la jalousie ordinaire. C’était une déchirure nette, nette comme une lame. Depuis, je me contente de traîner autour d’elle comme une ombre qui se nourrit de sa lumière avec ingratitude, en espérant que quelqu’un nous confonde encore pour m’adorer moi à sa place. Je souffre d’un mal très particulier.
Mais faire semblant, c’est dans le vent, et je fais passer ma stratégie perverse pour la soi-disant veine patriotique d’on ne sait où. Toute justification est bonne pour persévérer. Je suis pathétique. J’étais tellement affamée de succès que j’ai choisi les entourloupes et les singeries ; je suis coincée dans mon propre jeu pervers, je tourne en rond bêtement, je continue la même connerie, c’est comme désespérément infini.
J’ai des nuits d’insomnie, les yeux écarquillés, je reste convaincue que si elle disparaissait vraiment de mon radar, je n’aurais plus rien à écrire, plus rien à haïr, plus rien à être. Seulement le silence de ma propre vacuité.
C’est la rentrée et j’ai décidé de continuer à être une malade. Oui, je suis folle d’elle : je ne vois qu’elle, je ne pense qu’à elle. Même si je ne représente pour elle qu’un tas de fumier qui la laisse indifférente. Je pue à distance, mais elle prend soin de mettre du bon parfum pour faire barrière à mon intrusion. Parfois, je me fais pitié à moi-même ; je sais que je ne vais pas évoluer, alors je parle de papier, car j’en ai dans mon portefeuille et sur la table de ma cuisine où je souris les gencives à l’air en pensant à mes plans pourris pour le reste de ma petite vie de stalker dévorée par sa haine et son incapacité à vraiment créer pour exister avec individualité.
Lire : Honorables divagations par un dimanche ordinaire! (Récit parodique (quasi-véridique), 16 Novembre 2024, Hella Ahmed.
Lire : L’ombre qui se nourrit de la lumière (La sangsue déguisée en victime), 01 Décembre 2025, Hella Ahmed.
Lire : Je t’écris du ventre de la connerie (Une sale histoire qui n’en finit plus), 13 Juillet 2026, Hella Ahmed.
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