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Voyager avec la thérapie cognitive et comportementale

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(Par Hella Ahmed) Quand nous parlons de différentes approches en thérapie, nous parlons de différentes façons de faire. La thérapie cognitive et comportementale, soit TCC, se caractérise par un mode actif et semi-directif ainsi que l’utilisation d’outils thérapeutiques tels que la psychoéducation, la relaxation, l’exposition et la restructuration cognitive. Il ne s’agit pas uniquement de modifier des comportements avec la thérapie cognitive et comportementale, mais aussi de mieux comprendre ce qui nous arrive et de moduler nos émotions pour avoir un plus vaste champ de manœuvre.

Avec la collaboration de Dr Ghassan El-Baalbaki, professeur au département de psychologie de l’UQAM, chercheur et psychologue, nous faisons la distinction entre l’approche cognitive et comportementale et les autres approches en thérapie.

Les facettes de la TCC

Dr El-Baalbaki dépeint les approches en thérapie comme des moyens pour voyager, le moyen choisi par le client est en lien avec la finalité du voyage ainsi que le temps et les moyens financiers dont il dispose. Ces modes de voyage sont des modes de compréhension de soi et de ce qui engendre de la détresse en cas de difficulté. Le voyage se fait avec l’accompagnement d’un professionnel qualifié qui a fait le choix de s’orienter d’une façon particulière dans sa pratique et qui a suivi la formation appropriée pour cela.

Au niveau théorique, contrairement à d’autres approches qui sont axées sur l’exploration de conflits intrapsychiques ou de phénomènes inconscients, en TCC «nous mettrons le focus sur les apprentissages et les schémas de croyances que nous avons tous et qui s’avèrent fonctionnels ou non». Les modèles de l’apprentissage ainsi que les travaux de Skinner et Wolpe sont des fondements importants pour cette approche qui prend en considération la dimension sociale et la dimension psychologique de l’individu pour réaliser ce voyage de compréhension de soi.

Le mode actif et semi-directif permet au thérapeute d’être actif avec son client à qui des exercices sont assignés au besoin. Le client sera également accompagné lors de certaines activités nécessaires dans le cadre de la thérapie, comme dans le cas de l’exposition graduelle où l’on accompagne la personne dans une démarche ayant pour but de diminuer graduellement son degré de réactivité  à un stimulus particulier lui occasionnant généralement une certaine détresse.

Afin d’ajouter des habiletés au répertoire de la personne, on fera à de la psychoéducation, c’est-à-dire qu’un soutien éducatif orienté vers les besoins de la personne est offert afin de l’aider à développer sa flexibilité en apprenant d’avantage sur ce qui lui arrive. On travaillera ainsi à faciliter son adaptation aux changements de la vie pour lui permettre d’avoir accès à plus d’options au niveau de ses réactions et comportements. Dr Ghassan El-Baalbaki insiste sur le fait que ce mode actif et semi-directif ne vise aucunement à dicter à l’individu ses comportements ou choix personnels.

La dimension des émotions n’est pas négligée avec la TCC, bien au contraire, car les émotions sont en lien avec les interprétations que nous faisons de ce qui nous arrive. «Les pensées que nous avons lors d’une situation en particulier influencent le choix du comportement que nous aurons. Ce comportement est donc une réaction», explique Dr Ghassan El-Baalbaki.

Lorsque nous devenons plus flexibles dans notre façon de réagir, nous sommes en état de faire un temps d’arrêt avant de réagir, soit d’explorer des options multiples. Ce temps d’arrêt nous permet de moduler nos émotions alors nous examinons l’éventail de nos options. «Lorsque nous changeons notre compréhension du phénomène de la réalité, nous pouvons modifier nos réactions, en modulant nos émotions». La thérapie cognitive et comportementale aide à mieux comprendre ce qui nous arrive et à agir d’une façon mieux adaptée quand nous rencontrons des difficultés.

L’exemple de la voiture rouge

Une voiture rouge tente de dépasser la file lors d’un embouteillage, elle klaxonne à faire perdre patience. Une émotion négative accompagne cette expérience désagréable. Une personne pourra freiner par exemple, une autre utilisera des mots durs pour manifester son insatisfaction ou fera même de gros gestes pour signifier son mécontentement à celui qui lui occasionne ce mauvais stress. Le contexte étant un peu autre, à la radio, une animatrice, quelques secondes plus tôt, annoncerait aux automobilistes qu’une voiture rouge est pressée, qu’elle tentera probablement de tout dépasser sur son chemin et qu’il serait préférable de lui céder le passage, car une femme accouche sur le siège arrière et le chauffeur fait de son mieux pour l’amener au plus vite à l’hôpital.

Les réactions ne seront pas les mêmes dans le cas A et B, explique Dr El-Baalbaki, et ce même si des émotions négatives surviennent dans les deux situations désagréables. Ce qui peut provoquer de la colère et une réaction agressive peut au contraire susciter de l’empathie et un comportement plutôt positif si notre compréhension de la situation est adaptée. De plus, même dans une situation semblable à A, les réactions peuvent être modérées relativement à notre seuil de réaction au stress, il pourrait donc ne pas y avoir de réactivité outre mesure malgré les émotions négatives que la situation désagréable peut causer.

Distorsions cognitives et schémas de croyances

Les distorsions cognitives sont des erreurs de la pensée, soit des pensées automatiques qui influencent notre compréhension de notre environnement. Nous comprenons notre environnement en nous basant sur nos apprentissages. «Le problème des mauvaises interprétations se trouve au niveau des prémisses», explique Dr El-Baalbaki.

La pensée automatique qui nous mène à agir sans ralentir dépend d’une règle apprise et intégrée, cette règle est en lien avec un schéma de croyance qui est encore plus fondamental, car il vient de notre petite enfance. Quand l’émotion et le comportement sont sans délai, le comportement non adapté génère de la détresse de par ses conséquences ou tout au moins la maintient.

«La TCC n’ira pas jusqu’à analyser en détail l’histoire personnelle», clarifie Dr El-Baalbaki, mais elle fera les recherches nécessaires au niveau du vécu de l’individu pour comprendre ce qui suscite ces réactions non adaptatives de sa part. Parfois les comportements nécessitent d’être modifiés, mais notre compréhension de ce qui nous arrive est essentielle afin que nos réactions soient plus adaptées tout au long de la vie. «Lorsque nous faisons de la restructuration cognitive, nous amenons des preuves allant dans le sens d’une pensée dérangeante, mais nous travaillerons à des contre preuves également afin d’arriver à une pensée alternative au final», explique Dr Ghassan El-Baalbaki.

La possibilité de prendre ce temps nécessaire pour arrêter et mieux réagir n’est pas toujours possible, mais après coup, il est possible de faire cette réflexion et devenir apte à moduler ses émotions et modifier ses comportements dans des situations futures pour éviter des difficultés ou de la détresse en conséquence d’actions posées qui seraient regrettables .

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