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S’exprimer autrement : art-thérapie, créativité et complémentarité

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(Par Hella Ahmed) Mr Pierre Plante, directeur des cycles supérieurs au département de psychologie de l’UQAM, président de l’Association des art-thérapeutes du Québec, psychologue et art-thérapeute, m’a rencontrée autour d’une tasse de café imaginaire. Pour clore une discussion fluide autour d’un sujet des plus passionnants, l’art-thérapie, Mr plante me parle d’une tasse de café autour de laquelle il aurait été si facile de discuter. Depuis, l’arôme du café fait partie du récit de cette rencontre où nous avons abordé des notions de base relativement à la formation ainsi que le processus thérapeutique en art-thérapie.

Les arts sont complémentaires à notre façon rationnelle et méthodique de faire dans la vie de tous les jours. Lorsqu’il s’agit de psychothérapie, selon Mr Plante, la même complémentarité apparaît.

Il explique la nuance qu’il fait entre le processus thérapeutique en art-thérapie et le travail qui s’accomplit dans un autre contexte où il s’agit plus spécifiquement de développer sa créativité. Il aborde également la question du titre d’art-thérapeute et de ce que la nouvelle loi en ce qui regarde la pratique de la psychothérapie implique pour les art-thérapeutes depuis 2009.  

Est-ce que l’art-thérapie est une forme de psychothérapie?

Depuis 2009 et l’implantation de la loi 21, pour pratiquer la psychothérapie au Québec, il faut avoir un permis de psychothérapeute géré par les membres de l’ordre des psychologues du Québec. Les art-thérapeutes n’ayant pas d’ordre comme tel, les nouveaux diplômés en art-thérapie ne deviennent pas psychothérapeutes, explique Mr Plante. Les gens avec un permis de psychothérapeute sont donc art-thérapeutes psychothérapeutes, mais de manière générale, l’art-thérapie pratiquée par les psychothérapeutes peut être une forme de psychothérapie, selon lui.

Il y a des programmes de spécialisation en art-thérapie de niveau maîtrise à l’université Concordia ainsi qu’à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue pour les psychothérapeutes qui veulent intégrer l’art-thérapie à leur manière de travailler comme psychothérapeutes.

Allons-nous vers un titre de psychothérapeute avec une formation de niveau maîtrise en art-thérapie?

Le titre d’art-thérapeute n’est pas protégé comme pour le psychothérapeute et le psychologue. De plus, au canada, les seuls programmes universitaires qui existent en art-thérapie se trouvent au Québec. Les gens viennent de partout pour suivre ces formations, ailleurs ce sont des instituts qui offrent des spécialisations en art-thérapie.

Les art-thérapeutes ne pouvant pratiquer en tant que psychothérapeutes avec ces formations universitaires en art-thérapie depuis la loi 21, ils iront ailleurs pour certains, en Ontario, où il existe un ordre professionnel, The Ontario Alliance of Mental Health Practitioners, qui les reconnaît comme psychothérapeutes, explique-t-il.

Ce qui pose problème depuis 2009, ajoute-t-il, c’est que le loi 21 a été construite autour d’ordres professionnels et qu’il n’y a pas d’ordre des thérapeutes par les arts actuellement au Québec. Bien que les art-thérapeutes ne s’opposent pas à cette loi qui protège le public des charlatans, l’association des art-thérapeutes et l’association des musicothérapeutes travaillent auprès de l’office des professions pour changer cette situation dans le but de fonctionner avec le système actuel, et ce en trouvant une solution afin d’intégrer les thérapeutes par les arts, car leur travail est complémentaire aux autres services et leur contribution est depuis bien longtemps implantée au niveau des services de soins.

Faut-il être d’une approche particulière en tant que psychologue ou psychothérapeute pour intégrer l’art-thérapie dans sa pratique?

L’art-thérapie a ses racines dans plusieurs approches. À l’origine, l’art-thérapie est  d’orientation psychanalytique, les premiers arts-thérapeutes étaient de cette orientation, mais aujourd’hui on pratique l’art-thérapie selon les quatre grandes écoles reconnues par l’ordre des psychologues du Québec, soit l’approche dynamique, l’approche humaniste, l’approche cognitive et comportementale, et l’approche systémique.

Comment choisir son art-thérapeute?

L’association des art-thérapeutes offre des références, elle exige une formation de niveau maîtrise et des lettres associées, ATPQ (art-thérapeute professionnel du Québec), pour inclure l’art-thérapeute dans sa liste de références. «C’est une forme de protection pour les clients étant donné que le titre d’art-thérapeute n’est pas protégé et que n’importe qui peut s’afficher comme tel alors qu’il n’a pas eu la formation qualifiante pour être en mesure de pratiquer l’art-thérapie selon les normes». Il faut donc consulter l’association des art-thérapeutes pour s’assurer d’avoir les bonnes informations. 

Qu’apporte la formation qualifiante en art-thérapie?

«La chimie qui s’installe entre le client et le thérapeute est importante, cette dynamique dans le cadre de la thérapie est très intime comme rencontre, mais l’ajout de l’art comme un tiers, permet une manière d’expression de soi fort complémentaire qui amène l’ouverture du spectrum expressif de soi».

Quand les mots ne sont pas là pour dire et se dire à cause de la barrière de la langue par exemple ou à cause de l’impact d’un trauma qui ne se divulgue pas facilement, ou même quand on est enfant et que l’on n’a pas forcément la facilité d’avoir recours aux mots, l’art vient traduire le vécu d’une autre manière.

«C’est un mode de dialogue qui vient enrichir le travail de psychothérapie». La façon de travailler le processus créateur en arts est une grande inspiration pour la psychothérapie comme telle afin d’aider le client à se remettre en mouvement, à expérimenter, et à générer du changement dans sa vie.

Créer seul, ou créer en compagnie de quelqu’un, deux expériences différentes

Créer pour soi, cela ne mène pas toujours à montrer son œuvre, ou à s’en détacher, on peut ne jamais dépasser le stade du vernissage pour certains. «Même si l’œuvre a été mise à l’extérieur, parfois elle reste très proche de son générateur». Elle n’a donc pas été mise au monde au travers de ce dialogue solitaire. En thérapie, où l’on est avec un tiers, l’œuvre est déjà placée dans une situation de dialogue avec un autre, explique Mr Plante. Cela permet au client de réintégrer plus tard l’expérience qui a été traduite en art, en œuvre, mais autrement.

Créer avec l’intention d’offrir une œuvre à un public ou créer avec l’intention d’offrir son œuvre à son thérapeute, deux histoires également distinctes, mais cousines

Sentir la présence du thérapeute cela peut être difficile, prendre le risque de traduire son vécu avec la présence d’un tiers n’est pas chose facile. De créer en situation de dialogue avec son thérapeute, c’est toute une expérience en effet.

La relation thérapeutique est-elle, même en art-thérapie, teintée de l’orientation de l’art-thérapeute psychothérapeute ou psychologue ?

Dans toute forme de psychothérapie, il y a un élément de la personnalité du thérapeute que l’on rencontre. Aussi, sa pratique sera bien entendu guidée en partie par son approche, explique Mr Plante. Les thérapeutes ne travaillent pas tous de la même façon et toute forme de relation thérapeutique nécessite du temps. On invite donc les clients à rencontrer quelques personnes avant de commencer la thérapie, car les rythmes et les approches vont donner des manières de travailler qui sont fort différentes et le client ira dans le sens de ce qui convient.

Comment faites-vous la nuance entre développement de la créativité et art-thérapie ? Aider à développer sa créativité, est-ce question de déstabiliser l’individu?

Tout processus thérapeutique inclut une part de créativité, cependant, le travail qui se fait en groupe, axé sur la créativité des individus, est différent du travail qui se fait dans le cadre d’un processus psychothérapeutique où c’est la personne qui est invitée à explorer, à s’exprimer autrement ou à concevoir autrement un problème.

Le processus d’un groupe dit d’art-thérapie, mais qui serait axé strictement sur le développement du potentiel créateur de l’individu est différent du travail qui se fait en psychothérapie. Diriger le groupe vers une même façon de faire, le mettre dans un moule, comme on peut le voir dans certains contextes de coaching en entreprise par exemple, peut profiter à certains comme il peut en faire fuir bien d’autres. «En tant qu’art-thérapeute et psychologue avec une expérience de pratique d’une trentaine d’années, ce qui m’intéresse c’est de suivre le cheminement de l’individu et de m’attarder sur ce qu’il vit alors qu’il est en processus de création, c’est de suivre son rythme et pouvoir ainsi faire le virage vers la psychothérapie quand il en est question.».

«Il doit y avoir problème à résoudre pour qu’il y ait créativité». On voit chez les individus des manières différentes de régler les problèmes qui se posent à eux. Certains vont continuer dans la même direction une fois qu’ils ont eu une idée, d’autres vont constamment générer de nouvelles idées. Certains préfèrent faire ce travail créatif en solitaire alors que d’autres voudront plutôt être en contact avec d’autres personnes. La créativité est partout, dans tous les domaines, il n’y a donc pas de limites bien qu’il y ait des façons de faire différentes et des choix personnels différents.

Voyez-vous cette complémentarité entre les arts et la psychothérapie comme essentielle?

«La complémentarité vient du fait qu’on puise dans une attitude à la vie fort différente que l’on trouve dans le domaine des arts», c’est ainsi qu’on peut, en faisant de l’art-thérapie, être complémentaire aux approches plus méthodiques et rationnelles de traitement.

L’échec est souvent vu dans notre société comme absolument à éviter, cela parfois mène à la dépression à cause d’un sentiment d’impuissance ou d’incapacité. Lorsque ce qu’on veut réaliser ou atteindre semble si intouchable, si idéal, cela peut paralyser, et beaucoup ne se risqueraient même pas à essayer. L’art ne conçoit pas les tentatives comme des échecs. La rencontre avec l’œuvre achevée en fin de processus de création peut être perçue comme la création, l’œuvre achevée en tant que telle peut être perçue comme la création, mais le parcours en lui-même est important.

Dans l’art, ce qui est primordial, c’est le parcours avant tout et non seulement le résultat, explique Mr Plante. Avant d’arriver à ce que l’on connaît de la fameuse toile ‘’les dames d’Avignon’’, Picasso avait fait 800 esquisses; chaque esquisse est en soi une expérimentation qui amène à l’œuvre finale. 

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