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L’EMDR : un traitement de première ligne pour l’ÉSPT?

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Fondements de l’EMDR et convergences théoriques 

(Par Hella Ahmed) Le traitement par EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) se base sur certaines croyances qui représentent ses fondements et selon lesquelles nous possédons des mécanismes adaptatifs innés qui nous aident à retrouver la santé mentale, avec l’aide du clinicien qui ira faciliter l’activation de ces mécanismes en manipulant de façon adéquate des informations ayant été stockées de façon dysfonctionnelle, pour ainsi guider le client vers la guérison.

Cette manipulation consiste en l’application de pratiques optimales telles que formulées par Madame Shapiro, la conceptrice de ce traitement, dans son manuel d’EMDR. Aussi, l’impact des expériences précoces dont l’information est maintenue dans le système est dit fondamental dans la configuration de la maladie. Ainsi, les stimuli actuels révèlent les affects et les croyances négatives contenues dans les souvenirs menant l’individu à avoir un comportement allant dans le sens de ces expériences premières.

Le traitement que nous faisons du trauma et nos réactions face aux différents stimuli de notre existence seraient, dans ce sens, en lien avec nos expériences premières, selon Shapiro.

On peut noter une convergence théorique avec l’approche psychodynamique en ce qui a trait à l’impact des expériences premières au niveau de la personnalité, comme une convergence avec la thérapie cognitive relativement aux schémas cognitifs de Young (les schémas précoces inadaptés, 1990), à savoir que certaines croyances empreintes dès notre plus jeune âge influencent notre façon d’appréhender les différentes situations de la vie où nous sommes en relation.

Le traitement par EMDR viendrait actualiser notre façon de traiter l’information, et c’est justement pourquoi il peut être bénéfique dans le traitement de différentes pathologies et des troubles de la personnalité. 

Ce qui est possible par traitement EMDR

– Un contact direct, non intrusif, physiologique, avec les éléments pathologiques stockés.

Selon Shapiro, la transformation de l’information au sein du souvenir se fait spontanément grâce à ce traitement, amenant un changement de réaction chez l’individu. Les souvenirs sont emmagasinés par la suite avec une mémoire moins perturbante.  De plus, on ne va pas dans le détail si la personne ne veut pas tout dévoiler de l’événement traumatique. L’EMDR permettrait de cette façon de redonner le contrôle à la victime (ou la personne traumatisée), et ce en acceptant  le refus qu’elle exprime de se dévoiler intégralement si tel est le cas. On lui permettrait ainsi d’éviter de ressentir de la honte, dans le cas d’un viol par exemple.

– De débloquer le mécanisme inné de traitement de l’information, grâce à des pratiques optimales telles que dictées par le protocole. C’est ce blocage de l’information qui favorise l’apparition des pathologies, selon Shapiro.

– Un changement des bases de l’identité même en même temps que l’information se débloque. Il y aurait un changement simultané dans l’organisation cognitive, comportementale, affective, sensitive, et ainsi de suite, selon Shapiro.

– La facilitation d’un changement thérapeutique profond, grâce à la connexion adaptative des réseaux neurophysiologiques associatifs dans le système de traitement de l’information, selon Shapiro. Et ce, indépendamment du nombre d’années écoulées. 

Quelques études

Il semblerait, d’après les résultats de nombreuses études, que les effets du traitement EMDR soient très bénéfiques. Une recherche exhaustive de la littérature, qui examinait la différence entre les résultats que l’on obtient avec cette méthode et le TFCBT (Trauma Focused Cognitive Behavioural Therapy), faisait ressortir que les résultats étaient sensiblement les mêmes, mais on notait que les bénéfices de l’EMDR étaient supérieurs au niveau de la réduction de la dépression par rapport aux TCC. Huit études ont été retenues pour faire cette comparaison au niveau des effets thérapeutiques de ces méthodes, elles comptent en tout 227 participants. Sept études parmi celles-ci réunissaient des participants avec des traumatismes différents, la huitième étude portait sur des femmes victimes de viol. Il en est ressorti que la TCC demande de passer du temps à faire des exercices et qu’elle s’étend dans la durée comparativement à l’EMDR qui est plus brève et ne demande pas de temps d’exercices. Selon cette étude, cette méthode s’avère efficace pour le traitement de l’ÉSPT avec ou sans dépression en comorbidité bien qu’on ne connaisse pas encore ses mécanismes d’action (Ho M.S.K, 2012).

Dans une vue d’ensemble de la recherche actuelle et un aperçu de la recherche future, Shapiro (2012) revient sur le fait que plus d’une vingtaine d’essais contrôlés randomisés ont démontré les effets positifs de l’EMDR. Les mêmes considérations que dans l’étude exposée précédemment ont été soulevées, à savoir la durée de la thérapie, le temps des exercices et la nécessité de chercher plus à comprendre les mécanismes d’action de l’EMDR.

Une étude relativement à l’efficacité du traitement EMDR a été conduite en Allemagne auprès de personnes psychotiques avec 13 ans d’histoire.  Ces personnes n’étaient pas toutes  diagnostiquées schizophrènes. Après six sessions de EMDR, sur 27 parmi elles, seulement 5 présentaient encore les critères pour un ÉSPT. On a observé séparément les symptômes de psychose et ceux de l’ÉSPT. Ce qui est intéressant à noter, c’est qu’il n’y a eu aucune amplification ou exacerbation de symptômes psychotiques ou de SPT. Il n’y a eu aucune mauvaise réponse au traitement, ni tentative de suicide, et aucune admission en hôpital ou en psychiatrie à cause d’une situation de crise en lien avec des effets pervers du traitement. Parmi les limitations de cette recherche, il ressort que certains patients étaient plus atteints que dits et il n’y a pas eu d’investigations ultérieures au traitement auprès des participants afin de constater des signes de rechute. Les effets à long terme du traitement n’ont donc pas été constatés (Mark Van der Gaag, 2012).

Une autre étude visait l’observation de l’augmentation de la communication hémisphérique entre l’hémisphère gauche et droit lors de ce traitement et de ses effets. Elle fait ressortir que cette communication amplifiée favorise la réduction de l’anxiété générée par une activation particulière au niveau de l’hémisphère droit grâce à plus d’activité dans une région spécifique de l’hémisphère gauche spécialisée dans le traitement cognitif du langage. On émet l’hypothèse que le ‘’eye-movement-elicited IHC’’, présente un mécanisme de désensibilisation aux souvenirs occasionnant de la détresse. On fait également un parallèle entre la pleine conscience et le traitement par EMDR. Dans le sens où dans les deux cas, les images sont moins vivides et ne provoquent plus d’émotions désagréables. Elles sont donc encore là, mais de façon plus détachée. En pleine conscience, on s’exerce à se détacher du souvenir malgré sa présence (Raymond W. Gunter, Glen E. Bodner, 2008).

Une autre étude examinait le rôle du contrôle exécutif (la région siège de différentes fonctions cognitives dites supérieures, soit le langage, la mémoire de travail, le raisonnement, et plus généralement les fonctions exécutives) en lien avec la dilution des images inquiétantes générées par de simples appréhensions et pas forcément le souvenir dérangeant, étant donné que les personnes avec dépression, TOC, ou trouble panique, peuvent vivre des sensations ou des émotions fortes en lien avec des images catastrophiques reliées à leurs anxiétés et donc des scénarios indésirables. Dans le cadre de cette étude, différents stimuli de diversion ont été exposés à des étudiants sans traumatismes pour certains comme avec événements traumatiques dans leur histoire personnelle pour d’autres. Il leur a été suggéré, lors de différents exercices, de penser à des images inquiétantes en lien avec leurs craintes ou leurs appréhensions. Le mouvement des yeux qui s’accordait aux déplacements des stimuli de diversion durant leur exposition, n’était pas similaire à celui des mouvements oculaires réalisés en série de gauche à droite comme durant les séances de traitement par EMDR. Il est ressorti de cette étude que la diversion occasionnée par l’investissement de la mémoire de travail dans l’analyse des différents stimuli ajoutés aide à diminuer la vivacité des images inquiétantes. L’étude souligne au final que le traitement par EMDR demeure controversé, on prend en  considération les bénéfices que le ‘’eye movement’’ soit mouvement oculaire semble procurer, mais on souligne que les mécanismes du EMDR restent inconnus. En résumé, la stimulation du contrôle exécutif est favorable aussi bien en EMDR que  lors des autres formes de psychothérapie (Iris M. Engelhard A.Van den Hout, Wilco C. Janssen, Jorinde van der Beek, Marcle, 2010). Il faut noter que Shapiro (2007) spécifie dans son manuel que le tapping peut être utilisé avec les personnes qui ne répondraient pas adéquatement à la pratique des séries de mouvements oculaires. 

 Effets positifs 

La méthode des mouvements oculaires est consacrée au départ au traitement  de l’anxiété et devient EMDR après que sa conceptrice, Mme Shapiro, n’ait observé que les procédures optimales (selon le protocole à 8 phases) engendraient  »la désensibilisation et la restructuration cognitive simultanée des souvenirs, la naissance d’Insights spontanés et l’augmentation du sentiment de sa propre efficacité ». Elle change donc l’appellation de la méthode afin qu’elle englobe un plus large champ d’application pour lequel elle s’est avérée efficace.  

Elle dit ces effets positifs du EMDR être «les produits dérivés du retraitement adaptatif qui se met en place à un niveau neurophysiologique».

Shapiro avait constaté par accident que ses pensées négatives se dissipaient alors qu’elle balayait du regard de la gauche vers la droite durant l’une de ses promenades. À cette époque, elle était atteinte d’un cancer, ce qui l’avait menée à réfléchir aux effets du stress et à travailler à développer ses connaissances en ce qui à-trait l’activité de l’imagerie mentale. Suite à la constatation des effets bénéfiques des mouvements oculaires, elle appliquait régulièrement sur elle-même cet exercice, puis à ses proches, ainsi qu’à ses clients en psychothérapie dès 1989. Shapiro a entrepris des études en psychologie et a obtenu un doctorat. (Shapiro, 2007). 

Références :

Shapiro F. (2007). Manuel d’EMDR, principes, protocoles, procédures. Paris : Dunod Inter-éditions.

Ho H.S.K. (2012). Cognitive behaviour therapy versus eye movement desensitization and reprocessing for post-traumatic disorder – is it all in the homework then? European Review of Applied Psychology, 62(4), 253–260.

Shapiro F. (2012). EMDR therapy: An overview of current and future research, European Review of Applied Psychology, 62 (4), 193–195.

David P.G. van den Berg, Mark van der Gaag. (2012). Treating trauma in psychosis with EMDR: A pilot study.Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 43 (1) , 664–671.

Iris M. Engelhard, Marcel A. van den Hout, Wilco C. Janssen, Jorinde van der Beek. (2010). Eye movements reduce vividness and emotionality of “flashforwards”. Behaviour Research and Therapy, 48 (5), 442–447.

Raymond W. Gunter, Glen E. Bodner. (2008). How eye movements affect unpleasant memories: Support for a working-memory account. Behaviour Research and Therapy, 46(8), 913–931.

Plagnol, C. Mirabel-Sarron, Schémas dépressogènes et espace subjectif. (2006). Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, 164 (1), 24–33.

*Articles (études) traduits de l’anglais vers le français

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