Câlins assassins, le syndrome de Münchhausen par procuration, entre amour et maltraitance

J’ai pu à partir du travail d’écriture de mon livre découvrir une grande résilience et la capacité de changer ma façon de vivre sans sombrer dans la dépression. J’ai eu besoin d’écrire quand j’ai eu conscience que ce qui m’était arrivé n’était pas sain, pas normal.

Je me suis mise à l’écriture lorsque j’ai enfin commencé à rassembler les morceaux du puzzle de mon histoire que j’ai eu envie de publier dans un livre quelques années plus tard.

Mon témoignage a pour unique but d’informer, ouvrir les yeux sur un comportement parental défaillant qui met le corps médical en échec et qui place l’enfant sous emprise, parasité et maltraité, dans une impasse.

J’ai ce besoin de témoigner, car je veux laisser une empreinte aidante durable même si c’est un sujet encore difficile à évoquer vu sa nature étrange et dérangeante.

Il m’a fallu faire un gros travail sur moi-même pour en arriver là. Raconter mon histoire ne me trouble plus comme c’était le cas il y a quelques années alors que j’étais encore en processus d’intégration de tout ce qui avait pu m’arriver. Je peux à présent transcender mon vécu douloureux en le transformant en quelque chose de positif, je peux informer et prévenir pour éviter que le pire ne gâche des vies.

Mon témoignage peut aider le corps médical à mieux repérer les personnes ayant ce type de comportement et mieux protéger les enfants. C’est important de partager « l’autre côté du miroir », celui que l’on n’entend jamais, celui d’une enfant survivante au délire de sa ma mère, ma mère.

C’est seulement à 25 ans que j’ai enfin su, que j’ai compris, que ma mère « souhaitait que je sois malade ». Elle se comportait selon un syndrome que l’on nomme le syndrome de Münchhausen par procuration.

J’ai subi de nombreuses opérations chirurgicales dont une pour l’ablation d’un rein, pourtant un organe qui était au départ sain et qui le serait probablement resté s’il n’y avait pas eu les multiples interventions, les mensonges et les manipulations de toutes sorte de ma mère.

Petite, j’ai entendu les conversations de mes parents au sujet du juge pour enfants. On parlait « d’éloignement familial », mais on ne m’avait rien expliqué à moi, ce qui est bien dommage.

Longtemps, j’ai cru que j’avais été vraiment malade. La maltraitance, les manipulations de ma mère ont commencé lorsque j’avais 4 ans et ont duré jusqu’à mes 12 ans environ. Quand ça s’est terminé, quand les médecins ont compris que ma mère manipulait mes résultats médicaux et que la juge pour enfants s’est prononcé sur mon cas, elle a simplement voulu éluder avec un « bon, on n’en parle plus. »

Un long cheminement, une enquête 

J’ai 21 ans, je suis angoissée, j’ai peur de la mort, je consulte une psychothérapeute.

Je n’avais pas encore compris ce qui m’était arrivé, je n’avais encore pas conscience de la tragédie qui avait traversé mon enfance. Les quelques mots échangés lors de séances avec cette thérapeute m’ont fait fuir pour quand même faire du chemin dans mon esprit. Les angoisses, la peur de la mort, les demandes insistantes de ma mère, les falsifications de documents médicaux, les médecins en colère, les discussions de mes parents au sujet de ma santé, tous ces souvenirs et cauchemars me hantaient.

Et puis .. ma mère quand elle me donnait des coups au rein, pour le mettre en mal, pour que ça fasse mal, pour que je sois malade.

Je me suis finalement décidée à mener une enquête pour faire sens de tous ces fragments d’horreurs qui me troublaient. Il m’a fallu prendre mes distances, m’éloigner de ma mère pour y voir plus clair. Plus je prenais du recul, plus je réalisais que nos chemins devaient complètement se séparer.

J’ai donc rencontré les différents intervenants clés de mon histoire dont les médecins qui m’avaient suivie et j’ai pris connaissance de tous les dossiers médicaux.

J’ai alors 25 ans, je suis mère d’une petite fille de deux ans, j’attends mon 2ème bébé, et je connais enfin presque toute la vérité sur mon histoire médicale.

Comment se reconstruire après ?  

Mon travail avec ma thérapeute m’a énormément aidée, j’ai compris qu’il m’avait fallu intégrer le fait que j’avais eu une enfance manquée, que par amour dysfonctionnel et malsain, ma mère souhaitait que je sois malade. Que pour elle, il n’était pas possible de m’aimer sans me soigner, sans la maladie.

Je pense que le fait d’intégrer et d’accepter la vérité libère. Mon enfance n’est plus un secret, mon histoire m’appartient, je peux et je m’autorise à en parler. C’est libérateur et salvateur pour moi de pouvoir m’exprimer ouvertement à ce sujet alors même que ma mère m’a toujours demandé de m’y soustraire.

* Ce témoignage de Delphine Pauquereau est authentique, il a été édité par Hella Ahmed. Delphine est l’auteure du livre Câlins assassins, paru en 2016 aux éditions Max Milo.

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