Victimisation et culpabilité : l’emprise qui dure

(Par Hella Ahmed) L’une des raisons importantes qui font que les relations d’emprise durent et de façon quasi interminable pour certaines est l’utilisation du « gaslighting ». C’est une stratégie qui a pour but d’empêcher l’appropriation légitime de son appréciation exacte de la réalité par la victime parasitée et agressée. 

Pour créer de la confusion, la personne qui veut contrôler sème le doute dans l’esprit de sa cible en niant la véracité de ses dits et en mentant quant au déroulement de certains événements. Elle utilise également la moquerie pour susciter la honte qui mène au retrait. On travaille donc à dévaloriser le ressenti de la victime et à minimiser l’importance de son vécu. Elle finit par croire qu’elle n’est « personne » et cesse de se défendre. 

Aussi, la personne qui manipule dans le temps connaît bien les vulnérabilités de celle qu’elle sabote avec acharnement et joue à faire semblant de vouloir l’aider quand elle sera en détresse à cause de ce qu’elle lui aura elle-même fait. 

Conditionnement et dépendance 

Dans les relations de couple abusives à caractère pervers, la victime est piégée, car elle est mise en danger puis soi-disant sauvée par son bourreau. Elle développe une dépendance à l’affection qu’il lui porte par moments, mais comme dit cette citation « ce n’est pas la personne qui vous a cassé qui vous aidera à vous réparer ».

C’est le conditionnement par action intermittente de l’amour exprimé et du rejet, de la colère et de la douceur, l’insécurité durant la crise et le retour au calme lorsque l’agression cesse temporairement, qui rend physiologiquement et psychologiquement dépendant. C’est cela qui cause l’engrenage et l’installation durable de la relation. 

Les choses se passent de la même façon pour l’enfant qui se trouve sous le joug des humeurs émotionnellement traumatisantes du parent instable, ou pour l’employé harcelé puis validé par intermittence et de façon récurrente par son patron qui installe ainsi une relation de pouvoir très malsaine, de type esclavagiste. 

Même lorsque la victime se sauve, il peut arriver qu’elle renoue contact avec la personne qui aime la détruire pour finir par se faire manipuler à nouveau, croyant naïvement en une sincérité, en fait simulée, le temps que revienne au premier niveau comportemental l’ancien schéma de fonctionnement de domination et de soumission qui s’était installé. Cela aura comme conséquence l’impuissance acquise de la victime qui perdra son élan vital à force d’être stressée et rabaissée. 

Amour et haine

Se remettre à croire en l’amour est naturel, mais malheureusement, il arrive que l’on se remette intuitivement à croire en l’amour de la personne qui a agressé psychologiquement, et dans des cas physiquement aussi, pour redevenir le jouet d’une spécialiste du « gaslighting ».

La haine de la personne qui se fixe pour casser ne peut jamais se transformer en amour que l’on garantirait comme étant sain et pouvant le rester. Choisir de s’engager à nouveau dans une relation avec une personne que l’on sait avoir eu ces tendances destructrices dans le passé est possible, mais il s’agit de bien encadrer les rapports car c’est risqué. Une structure doit être réfléchie de façon pragmatique, instaurée méthodiquement et continuellement examinée pour ne pas qu’elle vacille jusqu’à déraper ou se briser. 

Celui qui fait du mal de façon convaincue durant des années et qui de plus joue à la victime pour se protéger contre les ripostes ou les refus face à ses manœuvres quand il se trouve au pied du mur ne peut devenir une personne douce et aimante de façon authentique tout à coup. Il est donc nécessaire d’être sur ses gardes. 

Quand il s’agit de psychopathie, c’est d’autant plus complexe, car cette pathologie ne se guérit presque pas. Les personnes incapables de ressentir de la culpabilité n’iront pas chercher de l’aide pour devenir bonnes et ne plus ressentir de plaisir à faire souffrir et voir souffrir les autres. Lorsqu’elles vont volontairement consulter, c’est pour se sentir mieux au niveau de leur ego quand elles n’ont pas réussi à décharger toute leur violence en détruisant leurs cibles. Elles trafiqueront leurs récits quant à leur souffrance pour susciter de l’empathie chez le soignant qu’elles manipuleront aussi.

La victime face à la culpabilité

Il est malheureusement véhiculé dans les croyances populaires liées à la fameuse « loi de l’attraction » que l’on peut être la cause de son propre malheur en attirant les mauvaises réactions des gens et leur hostilité alors que leurs comportements ne sont pas des ficelles que l’on tire psychiquement. Les agresseurs ne sont pas des automates que notre énergie manipule pour qu’ils nous fassent du mal. 

Quand une personne mal intentionnée, malheureusement bien même de l’entourage proche, s’acharne dans le temps à détruire la liberté et les chances de réussir sa vie, d’en profiter et de briller, d’une autre personne, ce n’est pas de la faute de la victime qu’elle travaille à saboter et à isoler.

Ce sont des humiliations répétées que l’on inflige à la personne opprimée pour la dévaloriser puis la blâmer de n’être pas puissante et ainsi encore plus la rabaisser. C’est destructeur.

S’identifier comme victime est une étape importante pour devenir son propre allié. Les délires des agresseurs ne sont plus tolérés. On récupère ses droits et on avance avec la pleine conscience de sa valeur. Avec du soutien, même si c’est difficile d’en avoir dans un monde capitaliste sauvage, on commence sa deuxième vie, loin du sabotage et de la violence.

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