Violence des temps modernes et numérique dans les livres de l’auteure Hella Ahmed

Désinformation et numérique

Dans ses deux livres Profils d’ombres et de lumièreset Comment les manipulateurs frappent? l’essayiste Hella Ahmed explore ce qu’elle identifie comme l’articulation moderne de l’association « abus de pouvoir » et « vertu ostentatoire » ou « signalement moral » portée par les stratégies du numérique dans le domaine de l’information et celui de la désinformation, puisque les deux sont liés et inséparables. En analysant des exemples concrets pour réfléchir à ce que l’histoire nous en a appris et nous en raconte présentement avec des implications récentes ou actuelles, elle discute de transgressions et de manipulations qui font partie des systèmes de circulation de l’information.

Le monde de l’information n’est pas celui des bons et des mauvais bien séparés, du noir et du blanc, c’est une toile colorée de bonnes intentions codifiées et codées, de circulation de données, mais également de revendications de toutes sortes qui portent pour certaines des couvertures honorables alors qu’elles profitent à l’ignoble, exhibant un discours paradoxal qui se referme sur lui-même pour paralyser la raison pratique de certains, pendant que des volontés intelligentes s’entendent quant-à-elles, avec sincérité, à vraiment améliorer les conditions humaines en menant des actions d’envergure. Ainsi, c’est en revenant aux principes d’un leadership positif et conscient qui s’intéresse concrètement au sort de la planète que des visionnaires outillés de savoir et de moyens financiers font par exemple de l’écologie, examinée par la science, avec logique, la partenaire d’une économie plus propre et plus équitable orientée vers un présent moins tragique et un futur plus clément.

À travers l’analyse de cas connus qui ont fait scandale, événements ayant notamment donné lieu à des poursuites pénales, dans Profils d’ombres et de lumières l’autrice discute de l’utilisation de méthodes invasives par des reporters de renommée soi-disant chercheurs de vérité. Aussi, des stratégies médiatiques via les réseaux sociaux qui manipulent les opinions des gens sont mises au service de personnes ambitieuses et vicieuses avec des buts qui s’avèrent foncièrement monétaires, que l’on s’évertue à dissimuler avec le recours à l’hypocrisie mondaine des milieux intellos et pseudo intellos qui théâtralisent la sincérité en parlant d’éthique afin de légitimer leurs pillages intellectuels et le contrôle qu’ils exigent hautainement, eux, si proches du peuple instrumentalisé. Et ce sont toujours les personnes vulnérables à la désinformation qui écopent en devenant les pantins du click et des pions téléguidés, emportés par les tourbillons stratégiquement planifiés du grotesque.

Silence sonore et révoltes étouffées

Concernant les gens célèbres en affaires et dans les milieux artistiques assez protégés qui ont longtemps pu manœuvrer sans se faire empêcher par qui que ce soit de s’attaquer aux femmes et de s’autoproclamer avec arrogance irréprochables et intouchables, l’essayiste examine, entre autres, le cas de Weinstein qui a réussi à museler ses victimes grâce à l’espionnage et l’intimidation. Il avait conçu un système de surveillance qu’il dirigeait lui-même avec minutie pour garder la maîtrise d’un manège connu, tel un secret de polichinelle se transmettant dans un grand silence qui a quand-même fini par faire du bruit.

Les stratégies boiteuses de l’équipe du bully français expatrié à Miami, qui s’est toujours déclaré en désamour avec son pays d’origine, s’affirmant être au-delà des codes juridiques, avec pour mission de chanter la liberté et l’illégalité, sont intéressantes à analyser. En utilisant le nom d’un rappeur qui existe avant tout par ses clashs, des propagandes contradictoires sont injectées dans les médias sociaux par des délinquants, des gens d’affaires incompétents et des philosophes des poubelles, sous des airs de protestations bizarres et une moralisation de pacotille assez visiblement associée à des abus de pouvoir et des violences franches motivées par la concurrence déloyale.

Et le tout médiocre est mal joué, telle une série ratée avec en trame de fond un discours sur l’honneur qui relève du délire faisant la promotion d’entreprises sans capital humain intelligent et donc vouées à un échec qui serait immédiat sans l’espionnage, le pillage et le parasitisme commercial que leurs décideurs maladroits affectionnent pour retarder la chute incontournable vu l’instabilité et le manque de créativité.

Le fier pillage intellectuel

Le virtuel étant un champ de bataille et d’illusions sur un fond de liberté d’expression qui donne visiblement la possibilité d’appuyer la naissance et le développement de grandes révoltes menant à la validation de bien des changements de mentalité, tout en tolérant, en même temps, la micro discrimination et le racisme banalisé qui sont aussi flagrants que résistants, l’auteure questionne le pillage intellectuel et la complicité des institutions qui l’endossent pour de la sorte en faire une promotion criarde qui passe apparemment sous le radar des intellectuels dévoués à enquêter sur le littéraire afin de vertueusement souligner l’inédit et le beau.

La logique absurde prônée par des cercles de privilégiés ou membres des élites étant souvent celle qui consiste à transférer ou rapatrier de précieux biens intellectuels, en les arrachant à leurs propriétaires, par l’intermédiaire de nobles opportunistes en mission de puiser dans une richesse sans la reconnaître et ainsi s’imaginer se l’approprier, en se prétendant agir de cette manière dans le simple but de recarder. Pour le bien de tous, n’est-ce pas! L’auteure développe en profondeur le concept de Copycat stalking dans son livre Comment les manipulateurs frappent?, vous en avez un aperçu avec le texte Le syndrome de copycat et ses dérapages. Elle ne laisse aucun coin sombre. vous saurez tout sur cette pratique à l’ère du numérique : milieux, motivations et façons de faire.

Pour bien comprendre les méthodes des manipulateurs qui ont recours à la malice, au stalking criminel, à l’intimidation de groupe, à l’espionnage et au pillage intellectuel, le livre Comment les manipulateurs frappent? est un guide essentiel qui fait plonger dans ce vaste petit monde des parasites, des méchants, des paresseux et des envieux, qui consacrent leurs vies à observer « l’autre » afin de le manipuler, à le tourmenter, à tenter de le remplacer et l’utiliser, soit l’agresser d’une façon ou d’une autre. Ils se sentent en vie en assouvissant leur désir de pouvoir et travaillent avec acharnement à valider une volonté de puissance macabre qui caractérise leur mode de présence dans le monde quand il en est des rapports qu’ils entretiennent avec les autres humains. Cet ouvrage analyse mentalités, intentionnalités et mises en scènes de gens malveillants, pour notamment proposer des stratégies de défense et préparer le lecteur à affronter de possibles invasions ou attaques perverses.

Capitalisme sauvage et ressentiment

Du côté de ceux qui sont plutôt réfléchis dans leurs agissements dépravés, les motivations sont claires : l’argent évidemment et une renommée à rehausser par le prestige de s’associer à des célébrités, se serrer les coudes aussi entre compères qui défendent des intérêts communs en se donnant une belle image malgré des injustices d’usage pour glorifier les uns et dévaloriser les autres en se basant sur des « imperfections » qui rendraient soi-disant non-digne de porter son propre savoir.

Et il y a surtout tous ces malheureux qui adhèrent et participent aux agonies du sens sur la base de convictions non fondées et opinions superficielles, en y trouvant amusement, un sentiment d’appartenance ou un autre, le moyen de se défaire de tensions dues à des frustrations de différentes natures, et un passe-temps les aidant à combler le vide existentiel venant avec l’impuissance acquise qui se répand de nos jours à cause d’une économie faible et un partage de richesses injuste.

C’est bien le ressentiment lié au sentiment de n’être que vivant, de ne pas être en mesure d’exister pleinement à cause de conditions économiques limitantes et un stress sociopolitique pesant en temps de crise qui rend les plus influençables amers au point de se mettre avec impulsivité à défendre des intérêts qui ne sont pas les leurs, à ainsi renforcer des leurres au service de manipulateurs.

L’autrice consacre une partie de son essai Profils d’ombres et de lumières à expliquer des stratégies d’influence utilisées par les sectes et des groupes malveillants influents. Elle relève des points communs au fonctionnement de formations faisant dans l’illégal, la violence franche ou indirecte et maintes transgressions tout en moralisant, dans des cas, en ayant recours à des associations avec des milieux intellectuels ou pseudo-intellectuels qui semblent contrôlés, et qui le sont bien que corrompus aussi, car cela leur donne un champ de manœuvre pour abuser sans rendre des comptes, bien qu’ils finissent tôt ou tard, comme nous le prouve l’histoire, par devoir justifier de leurs actes pervers.

Hella Ahmed 2023 © All rights reserved – Find my books on Amazon

Cet essai sur le fléau que représente la manipulation à l’ère du numérique est un travail scientifique de déconstruction d’un système pernicieux et rampant qui pollue l’ensemble des institutions et en particulier les rapports professionnels et autres.Il met à nu les innombrables pratiques de la manipulation, ses effets pervers et les dommages aux lourdes conséquences qu’elle entraîne, en particulier dans le domaine du pillage intellectuel. Un livre qui vous permettra de cerner les notions fondamentales de ce qui est devenu un réel danger.

L’auteure, à la lumière d’une solide pensée philosophique et d’une formation supérieure en psychologie, examine, avec une rare plume chirurgicale, le corps d’un monde en pleine mutation, sous l’effet d’une crise multidimensionnelle, et propose un mode original d’interprétation, d’action et de survie.

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