Du déni simulé à l’arrogance assumée – Par l’auteure et essayiste Hella Ahmed, 21/07/2026 © Tous droits réservés 

Le jeu malsain décrypté : la clé pour se préserver



(Par Hella Ahmed) Faire face à des comportements irritants, voire profondément éprouvants, et réaliser qu’ils sont prémédités, orchestrés par un système de dissimulation et de faux-semblants visant à annuler toute conséquence négative pour leurs auteurs, nous met sur la piste d’une absence réelle de culpabilité. Cette obstination à répéter les mêmes actes sur la durée révèle toute la véhémence qui se cache derrière l’arrogance.

Faisons la différence entre faire du déni et jouer au déni, avant d’examiner le comportement le plus insidieux : celui qui marie le déni à l’arrogance. Cette combinaison constitue en elle-même une forme d’aveu. Elle révèle non seulement l’évidente réalité du programme malveillant que l’on a identifié et dénoncé, mais aussi la volonté du prédateur de persévérer dans cette voie par abus de pouvoir.

Le déni et l’empathie sélective

Le déni pur consiste à effacer de sa mémoire des comportements déplacés, voire criminels, comme si la culpabilité était une émotion inconnue. Il peut s’agir d’un trait de caractère durable ou d’une réaction ponctuelle face à des faits précis.

Comme je l’évoquais dans un précédent texte, l’absence d’empathie ne suffit pas à expliquer le fonctionnement des sociopathes, des pervers narcissiques – que l’on peut légitimement qualifier de sadiques – et, plus encore, des psychopathes. Les anciennes théories sur une empathie émotionnelle défaillante ne tiennent plus face à ce que nous observons aujourd’hui : ces individus sont tout à fait capables d’empathie sélective. Ils l’accordent volontiers aux membres de leur cercle, mais la refusent systématiquement à ceux qui les dérangent, les rendent envieux ou éveillent chez eux le désir d’exploiter et de nuire. Au fond, il s’agit d’un égoïsme profond et calculé.

La simulation collective et l’instrumentalisation

On le constate dans ces groupes où se mêlent commérages, sabotages, vols et petits systèmes frauduleux. Entre eux règnent une certaine courtoisie et même une forme de solidarité. Ils se présentent publiquement comme des personnes soucieuses de morale, alors que leur objectif réel reste la valorisation personnelle et le gain financier. Ce sont des « acteurs affectifs ». Ce qui les unit est leur capacité à agir collectivement contre une cible, à se partager les bénéfices tout en préservant les apparences.

Ces personnes ne sont pas dans le déni : elles le simulent, parfois même en jubilant. Lorsqu’on met au jour leurs saloperies et les dommages causés à autrui, elles poursuivent leur jeu : minimisation, moquerie, inversion des rôles. Elles tentent de donner des leçons d’humilité à celui ou celle qui a simplement défendu ses droits et ses biens. Si vous les accusez de jouer au déni, elles retourneront immédiatement le mot contre vous : elles parleront de « jeux », diront que jouer est quelque chose de positif, que les jeux de société sont rassembleurs et enrichissants.

Elles instrumentalisent ainsi le langage pour réduire à néant le ressenti des victimes et leur droit légitime à protéger leurs frontières, leurs biens et leur bien-être. Elles parleront de « construire ensemble » et de « créer en communauté », mais resteront silencieuses sur l’argent détourné, la souffrance infligée et la violence répétée exercée année après année sur leur cible.

Le déni arrogant et ses conséquences

C’est dans la combinaison du déni simulé et de l’arrogance que le mécanisme devient particulièrement révélateur. On y voit une hypocrisie assumée : la personne affiche publiquement son narcissisme et laisse entendre, à demi-mot, que sa violence est légitime, protégée et incontestable. Lorsqu’elle est confrontée devant tous à ses actes répétés – ne considérant pas ses victimes comme des êtres à part entière, mais comme des ressources à exploiter, des objets sans droit à une intégrité –, elle les ignore, fait comme si elles étaient invisibles, tout en ne voyant pourtant qu’elles. Sa réponse est alors une posture de puissance destinée à annuler toute résistance.

Elle reprendra vos propres mots pour les retourner contre vous, tout en maintenant un ton détaché et en suggérant que l’atmosphère reste sereine et propice à la collaboration.

Ce jeu est d’une grande violence psychologique. Dans certaines cliques toxiques ou milieux criminels organisés, il devient même la norme. On peut ainsi le faire passer pour un incontournable destiné à protéger un ordre sans contestation, dont les prétendus stratèges s’estiment dotés d’une autorisation de faire qui échappe à toute question et dicte sans mesure ses propres conditions farfelues et tyranniques.

Comment s’affranchir de ce cercle vicieux

Il faut comprendre une chose essentielle : ce cercle vicieux ne s’arrêtera pas de lui-même. Cette violence se nourrit précisément des réactions qu’elle provoque. La victime est pour eux à la fois « le carburant et le gibier ». Pour y résister sans se laisser détruire, il est crucial d’adopter un état d’esprit détaché et stratégique : protéger farouchement son énergie, documenter les faits, et cesser d’espérer une reconnaissance ou une réparation de leur part. Ils sont dépendants, avides et sans conscience.

L’objectif n’est plus de les convaincre, mais de rebondir mieux que jamais et de continuer à s’accomplir malgré eux. Ces personnes aiment pousser l’autre à bout, le faire réagir mal pour ensuite le critiquer ou se proposer de le punir « afin de rétablir la paix ». Elles feignent l’innocence et simulent même de l’empathie lorsque la situation dégénère.

Ne pas survive, vivre pleinement 

Face à cette perfidie, la meilleure protection reste une distance froide, une vigilance tranquille et un recentrage constant sur son propre chemin. La victoire consiste à ne plus leur accorder l’importance émotionnelle qu’ils cherchent désespérément, à les laisser être ce qu’ils sont, à leur tourner le dos et à avancer vers le bon et le beau.

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